Hypermnésie

Je suis doué d’hyperesthésie, et moi aussi je ne connaissais pas ce mot jusqu’à il y a très récemment. Tout en connaissant parfaitement ce que ça décrit puisque le vivant au quotidien depuis toujours. « Exagération physiologique de la sensibilité des divers sens ». C’est décidément tout moi, même mon corps exagère. Et pendant longtemps, très longtemps même, j’ai été sincèrement convaincu que tout le monde était comme moi, voyait comme moi, entendait, sentait, comme moi. Petit à petit je m’aperçu qu’il n’en était rien et que ce décalage, parce que c’est cela que ça crée : un décalage sur la façon dont on perçoit le monde et donc comment on le vit, nous étions au final fort peu nombreux à l’avoir.

Comment mettre des mots là dessus, puisque c’est toujours un peu la quadrature du cercle de nommer ce qui est d’abord perçu corporellement et donc ressenti. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on pourra écrire des pages et des volumes entiers sur la musique, alors que rien ne peut remplacer l’expérience directe et concrète de l’écoute. Tentons néanmoins. Et puis en fait c’est assez simple, quand j’y pense. C’est vivre dans le même monde sensoriel que les autres, mais plus fort. Plus intense. Et avec beaucoup plus de détails.

Beaucoup, beaucoup plus de détails.
Tout le temps.

Comment dire.
Vous avez vu le film Limitless ? Oui bon, c’est juste un film sympa, certes. Pourtant, une scène m’a frappé, à un moment. Le héros, écrivain loser, dispose d’une drogue qui lui permet de devenir illimité intellectuellement et décide de finalement en prendre un échantillon. Et au moment où il rencontre sa proprio qui lui reproche vertement ses loyers en retards, le produit se déclenche. Visuellement c’est très réussi, les couleurs deviennent chaudes et très intenses, les sons sont plus forts et plus clairs, et il se trouve stupéfait d’être plongé dans un monde insoupçonné : il voit tout. La fine couche de sueur sur les lèvres de sa proprio. L’usure du haut de sa botte droite. Le livre dont un coin dépasse de son sac. Tous les détails, l’accumulation d’indices auxquels la plupart des gens ne font même jamais attention, tout lui apparaît nettement et clairement et intensément, grâce à la drogue.
En voyant cette scène, j’ai été extrêmement surpris. Surpris qu’il trouve ça surprenant et que ce qu’il voit en étant « amélioré » lui soit à ce point une révélation.
Moi, c’est tout le temps comme ça.
Et sans prendre quoi que ce soit.

L’hyperesthésie, c’est vivre dans un monde qui est le même que le vôtre, mais où tous les curseurs sensoriels sont mis en permanence sur : à fond.

Concrètement : les lumières sont toujours trop vives. Les sons sont toujours trop forts. Les odeurs vous sautent au visage, claquer la bise à quelqu’un et vous avez le nez sur son col de chemise et vous voyez si elle est portée depuis un certain temps, et son odeur d’après rasage ou de parfum plus son odeur corporelle propre qui s’y entremêle et son grain de peau et dans la conversation même anodine vous voyez les cernes, le fond de l’oeil, si elle vous regarde dans les yeux ou pas et combien de temps, et vous notez sa position par rapport à vous et à quelle distance et ce que ça signifie dans la relation que vous avez avec cette personne si elle est plus proche ou moins proche que d’habitude et en l’écoutant vous entendez ce qu’elle dit en enregistrant tous ses gestes, etc. Etc. Etc. Et là c’est juste une interaction banale, comme on peut en avoir des dizaines dans une journée.
Tout vous arrive dans la tronche en même temps, sans même que vous vous donniez la peine de faire quoi que ce soit.

Et si vous vous posez la question : oui, c’est parfois épuisant. Souvent épuisant, en fait. Il m’a fallu beaucoup de temps avant de mettre en place des barrières, de trier, de ne pas retenir ces milliers de superflus. Pendant des années, je rentrai de chaque sortie sociale totalement exténué, le cerveau en feu, je peinais à respirer tant c’était éprouvant, oppressant, je n’arrivai plus à penser tellement j’étais totalement saturé de tout. Heureusement, avec le temps, et pas mal d’entraînement, ça s’est atténué, et ma qualité de vie s’en est trouvée grandement améliorée, vous vous en doutez. Même si encore, parfois, si je suis fatigué, ou stressé, le monde devient certains jours un peu, un peu trop disons « esthétiquement » pesant…

Et maintenant que vous êtes bien convaincus que vous avez affaire à un freak, je redouble la mise : cette hyperesthésie s’accompagne, assez logiquement d’ailleurs, de capacités mnésiques nettement supérieurs à la moyenne. Ca fait longtemps que j’ai constaté avoir une excellente mémoire, et je veux dire : une excellente mémoire. Si j’enregistre sensoriellement le monde qui m’entoure, fatalement pour ainsi dire je vais m’en souvenir. Concrètement : si je vous rencontre, une seule fois, et qu’on passe 15 minutes ensemble, et qu’on ne se revoit plus que 10 ans après. Je ne me souviendrai certes pas du jour exact, je ne suis pas mutant à ce point, mais je me souviendrai des vêtements que vous portiez ce jour là. De la marque de vos chaussures, si vous portiez ou non une montre, et de la teneur générale de la conversation que nous avons eu voire de phrases entières que nous avons échangées. Quand je dois lire des trucs un peu barbants, techniques ou autres, je ne « lis » pas vraiment, je « photographie » la page et je passe à la suivante. Oui, de temps à autre ce genre de talents involontaires peut avoir des applications utiles. Encore heureux. Tout ça pour dire que je me souviens longtemps des choses. Et des gens, naturellement.

C’est pour ça que je me souviendrai longtemps de vous qui avez mis Emmanuel Macron au pouvoir.

Oui c’est à ça que je voulais en venir depuis le début.

Je ne parle bien sûr pas de celles et ceux qui ont voté au deuxième tour pour faire barrage. Je parle bien de vous qui avez voté par conviction voire par enthousiasme pour mettre ce banquier à la tête du pays. Naïveté ? Inculture politique ? Conformisme ? Un peu de tout ça sans doute, les classes moyennes qui ont voté pour cet artefact ne s’étant jamais signalées par leur farouche désir d’originalité. L’époque va en tout cas être intéressante, voire qui sait, captivante même : Macron va permettre à des pans entiers de la petite bourgeoisie semi-cultivée qui jurait ses grand Dieux être « de gauche », par quelques vagues convictions sociétales, de pouvoir jeter sa gourme pour enfin se reconnaître de droite, et bien de droite, c’est à dire avant tout économiquement.

Il est fort possible que ces gens aient les moyens concrets de leurs ambitions et qu’ils ne souffriront pas trop des conséquences de leur soutien au dernier prototype néolibéral entièrement fabriqué dans les laboratoires de la presse et de l’argent. Dans le cas contraire, ce sera fâcheux. Mais je l’avoue, ma compassion n’ira pas vers ces personnes.

Parce que moi, à mon niveau tout individuel, je vais souffrir des décisions politiques qui vont être prises
Parce que la quasi totalité des gens que je connais vont en souffrir.
Parce que d’autres par milliers de milliers vont en souffrir.

Et ne vous donnez même pas la peine de faire semblant qu’on ne sait pas encore et c’est condamner avant même que d’avoir vu ce qu’il va faire. Ne faites pas ça. Vous rajouteriez la stupidité à l’infamie.
Macron est un de ces cadres supérieurs hypercompétents qu’on détache ponctuellement dans des boites afin qu’ils y fassent une tâche précise : en l’espèce, il a été détaché auprès de l’entreprise France pour y accomplir un agenda précis : réussir là où ses prédécesseurs ont à moitié échoué pour en finir une bonne fois pour toute avec ces billevesées de sécurité sociale, de droits acquis et de code du Travail. Il ne va employer les 5 prochaines années qu’à cette tâche, et très vite, la ligne de partage dans la population française ne va plus être les de souche et les d’origine, le Nord ou le Sud, les cathos et les pas cathos, etc. mais très pragmatiquement : ceux qui auront les moyens d’avoir une assurance santé privée de qualité. Et les autres. Tous les autres. Et il est plus que probable que je sois compris dans ces autres.

C’est dommage. Certes.

D’autant plus dommage que pour une fois vous aviez le choix. Une alternative existait et vous auriez pu voter pour plus de solidarité et autre chose que cette société inégalitaire. Vous auriez pu et vous ne l’avez pas fait, et pour quoi d’ailleurs ? Par refus du changement, finalement. Parce que, allez, la société elle vous va très bien comme elle est et vous n’avez pas grand-chose à en redouter, vous n’en avez d’ailleurs jamais eu grand-chose à faire. Il faudrait un Flaubert moderne pour chanter l’égoïsme de la petite bourgeoisie connectée et « de gauche » qui regarde la télé réalité comme tous les beaufs, mais attention : avec tellement de second degré.
Vous êtes lâches en fait. Et près de vos sous, vous avez refusé de changer de société pour ne pas avoir à payer quoi ? 120 ? 150 euros d’impôts de plus par an ? Je sais que vous n’en êtes pas spécialement fiers, mais la honte passe très vite, chez vous.

Ca s’appelle la lutte des classes, mais pour vous qui soutenez Macron c’est sans doute terriblement ringard. Disons que ça n’entre pas dans votre logiciel.

On va vous faire un update.

Parce que faites nous confiance que votre télévangéliste du néolibéralisme cool et disruptif, on va lui faire une misère comme jamais ce fils de bourgeois n’en a connu dans sa vie passée dans du coton.

Alors ensuite, 5 ans, c’est court et c’est long. Il peut se passer tellement de choses, en 5 ans. On peut même se rencontrer vous et moi, et on peut même passer des moments charmants ensemble, après tout on a le même capital symbolique. On dira ce qu’on voudra, ça crée des passerelles ces choses là. On peut même s’apprécier, l’humain étant ce qu’il est.

Mais moi je n’oublierai pas.

Je n’oublierai pas que vous avez choisi celui qui va détruire le personnel hospitalier et instituer la précarité de masse.

Mais vous verrez : quand je m’en donne la peine, je suis le garçon le plus charmant du monde. Vous serez enchanté de m’avoir à votre table, dans vos vernissages, dans vos soirées. « Allons, il n’est pas si méchant ». Nous passerons sans doute même de très bons moments ensemble.

Simplement : je n’oublierai pas.

C’est mon talent qui est aussi un peu ma petite malediction, que voulez vous.

Je n’oublie jamais rien.

 

Smoke and mirrors

Il faut tout de même être très naïf pour ne pas voir la manœuvre, tant elle est grossière. Mais l’époque est d’une rare grossièreté, et le gouvernement Macron est à l’évidence celui qui a décidé de se vautrer dans la plus crasse vulgarité. D’un coup d’un seul ressort le dossier de la Procréation Médicalement Assistée, dans une stupéfiante coïncidence avec le départ des mouvements sociaux de contestations des ordonnances de la Loi Travail. Coincidence ? Je ne crois pas, et nul besoin de tomber dans le complotisme tant le rideau de fumée est évident. La preuve en étant qu’après avoir tonitrué son lancement en fanfare, Marlène Schiappa rétropédale immédiatement en minaudant que oui en fait peut-être on verra. Et il en sera systématiquement ainsi à chaque poussée de fièvre dans la rue : le sociétal pour faire écran au social, agiter un chiffon rouge pour distraire l’attention et les énergies, et lancer des débats « de société » les plus inflammables possibles.

L’intérêt pour la Scientologie Macroniste est évident : redoutant que les mouvements de contestation ne coagulent ensemble pour créer un front solide pouvant la déstabiliser, la secte au pouvoir décide de balancer le pavé d’un sujet particulièrement sensible. Les buts sont ici multiples : aider la droite, actuellement dans une déroute totale, à se reconstruire, en s’appuyant sur son aile la plus conservatrice qui sera forcément vent debout contre la PMA. Pourquoi reconstruire la droite ? Pour faire pièce à la France Insoumise qui occupe le terrain médiatique et politique de l’opposition, et il faut veiller à ne pas laisser trop d’audience à ces bolcheviks n’est-ce pas. Tout en se démarquant de l’accusation – parfaitement fondée – de droitisation en pouvant proclamer : « Nous de droite ? Mais voyons, nous sommes pour la PMA et la droite est contre. C’est donc que nous ne sommes pas de droite, CQFD. ». Et l’autre but étant de diviser la gauche puisque contrairement au mariage gay en 2013 où toutes ses composantes étaient pour, elle est divisée sur le sujet de la PMA. La manœuvre est grossière, comme dit plus haut. Et elle peut très bien marcher. Et longtemps. Puisque une fois la cartouche PMA épuisée, on lancera la cartouche GPA pour relancer le cycle. Ce qui promet des débats encore plus âpres tant le sujet est sensible et délicat.

Là se révèle toute la duplicité profonde de l’idéologie libérale-libertaire qui s’est choisit Macron comme représentant officiel : libérale économiquement et libertaire sociétalement, pour toutes les déréglementations au nom d’une idée particulièrement viciée de l’émancipation – les chauffeurs Uber sont « libres », selon cette idéologie. Libres d’être exploités dans du salariat déguisé sans droits, mais « libres », vous dit-on, à la fin -, la fausse coïncidence fabriquée d’un débat sur la PMA au moment du début des grèves montre de façon lumineuse que dans « libéral libertaire », le libéral prime sur le libertaire : ce qui rapportera de l’argent à la bourgeoisie passe avant les droits individuels et ces derniers seront systématiquement mis au service des premiers. Nulle « balance » entre les deux, comme le macronisme veut nous le faire gober, nul « équilibre » entre le rétrécissement des conquêtes sociales compensée par l’augmentation des droits individuels : ce sera l’uberisation et l’austérité, avec l’individualisation des électeurs-consommateurs, qui trouvera son parfait achèvement dans la GPA. Les idiots utile du libéralisme ont d’ailleurs déjà commencé à chanter ses louanges. Marchandiser les utérus des femmes pauvres – parce que la GPA ce sera ça et rien d’autre : le stade abouti de la monétisation de l’intimité au profit de ceux qui ont de l’argent contre ceux qui n’en ont pas – en présentant cette aberration libertarienne comme une conquête à placer au même plan que le droit à l’avortement : le tour de passe passe sera parfait. Comme le crime.

Quant aux gogos qui ont voté Macron en croyant à ses belles promesses sociétales et en faisant l’impasse sur celles promettant la destruction du social, pensant naïvement qu’ils seront épargnés par le tsunami : ils déchanteront. Cruellement. Ils ont voté pour avoir la sécurité et payer moins d’impôts : ils n’auront ni l’un ni l’autre. On permettra de ne pas être trop peinés pour ces égoïstes.

Delenda est Macron. C’est le mot d’ordre à tenir. La Macronie doit tomber avec perte et fracas, puisque par n’importe quel bout qu’on le prenne, cette nouvelle monarchie ne tire sa puissance que de son battage médiatique. Elle n’a aucune assise populaire, aucune popularité, et n’a été élue que pour faire barrage au fascisme. Les députés qui la représentent à l’hémicycle sont des marionnettes ne servant que de boites à voter les lois qu’on leur soumettra, et ce gouvernement ne repose que parce que les institutions de la 5ème République autorisent une minorité de cadres DRH à se prendre pour les patrons. Delenda est Macron et on en a pour les cinq années à venir.

 

Tu es pierre

C’est reposant de faire comme tout le monde, des fois. Et en l’espèce, je rejoins la totalité des personnes l’ayant vue : The Handmaid’s Tale est une série d’exception à tous niveaux. Je ne vais pas revenir sur le torrent d’éloges, mérités, qu’elle reçoit et de toutes façons si vous me lisez vous en avez probablement entendu parler. Pourtant, j’ai envie de revenir sur une scène en particulier, particulièrement marquante, qui me semble contenir le message politique le plus fort de ce show qui est pourtant en lui même tout un message politique aussi fort que limpide.

Étant un garçon bien élevé, je ne spoilerai pas pour les égarés qui ignorent de quoi je cause. Enfin si, je vais spoiler, zut à la fin. Après tout, il y a tellement de séries désormais qu’on peut comprendre un certain découragement et il viendra vite le temps où apparaîtront de fiers et autoproclamés « sériephobes » qui porteront le refus de regarder des séries comme étendard d’anticonformisme. C’est l’époque, il faut se distinguer, c’est comme ça. Une scène, donc, dans l’épisode 10. Quand les « servantes » sont rassemblées pour commettre une lapidation et sont rassemblées en cercle autour de leur désignée victime. Et une, June, l’héroïne de la série, refuse. Elle tend la pierre devant sa supérieure et la laisse tomber, tout simplement. La regardant droit dans les yeux. Scène superbe, magnifiée par un ralenti ici pertinent – le ralenti à l’image devrait être utilisé de façon plus parcimonieuse, moi je trouve – et lourde, terriblement lourde de sens et de conséquences. Puisque, bien sûr, ce n’est pas qu’un caillou, qui tombe ici. Et tout le monde en est conscient dans cette scène : c’est la faille dans la machine. Ce refus d’obéir d’une seule, c’est l’insupportable cassure qui terrifie le système d’oppression et qui signe cette certitude qu’on a à la fin de l’épisode : les jours de cette dictature sont désormais comptés.

On pourra certes y voir un certain romantisme de l’individu-seul-contre-tous, mis en valeur et sublimé par la dramaturgie de la mise en scène et on aura pas tort, de fait. Pourtant, au-delà de la mise en scène, il y a cette vérité, cette réalité observable dans toute dictature et totalitarisme : ces entités politiques ont absolument horreur de la faille. Le fascisme, sous toute ses formes, n’est après tout qu’un fantasme de pureté maniaque et absolue, une recherche épouvantée de perfection qui cache sa terreur du désordre sous sa rigidité. Fantasme obligatoirement promis tôt ou tard à l’échec, à moins de particulièrement tout verrouiller – et d’avoir un ami très puissant qui tolère vos imbécillités parce que ça fait s’agiter les rivaux, ainsi de la Chine avec la Corée du Nord, ce qui est la seule raison pour laquelle cette survivance grotesque du stalinisme existe encore.

Monolithique et rigide, la dictature sait très bien au fond d’elle même qu’elle est fragile de par même son monolithisme. La plus petite faille, la plus insignifiante crevasse, et c’est tout l’édifice qui peut s’écrouler. D’où la férocité hystérique avec laquelle sont persécutés traqués et éliminés ses opposants, puisque ce ne sont pas seulement des désobéissants qui sont châtiés : chaque individu qui refuse constitue une menace à part entière pour la totalité. Contrairement au discours ressassé depuis des décennies sur la « fragilité » des démocraties, dans un pathos larmoyant et largement surjoué par nos politiques et leurs sycophantes médiatiques, ce ne sont pas nos démocraties qui sont fragiles : elles peuvent encaisser les coups les plus rudes, les absorber, et tenir encore debout. Ce sont les dictatures qui sont fragiles, la preuve étant que très peu sont pérennes dans le temps. Au passage, ce devrait être une réflexion pour ceux de note camp qui pensent, fort naïvement, que le « système » peut s’écrouler, forcément miné par les contradictions du capitalisme, et que sur les ruines de la démocratie bourgeoise pourra se construire un monde émancipé comme par magie : les démocraties bourgeoises sont redoutablement solides, et ceux qui les ont pensées telles étaient loin d’être des imbéciles. Il serait bon parfois de ne pas l’oublier.

Quand June lâche sa pierre devant Tante Lydia, en la regardant droit dans les yeux, elle est parfaitement consciente de ce qu’elle fait. Et parfaitement consciente aussi des enjeux de ce refus : ce n’est pas seulement à Tante Lydia qu’elle désobéit. Si elle, « Servante » c’est à dire le pilier sur lequel repose Gilead et son organisation d’esclavage, refuse, si elle dit « non », c’est le symbole de cette dictature qui s’écroule. Et peut emporter tout le reste avec elle. Et June l’a compris. Le caillou qu’elle lâche peut déclencher l’avalanche. Elle le sait. Tante Lydia le sait. Le Commandant et sa femme et leur pairs le savent. Tout le monde le sait. Et nous aussi, spectateurs, nous le comprenons à ce moment.

C’est très difficile à domestiquer, l’être humain.

Très très difficile.

Chaque fois qu’on essaie, et Dieu sait si on a essayé et on continue et il est hélas à craindre qu’on continuera, chaque fois qu’on l’écrase, qu’on le brime, qu’on l’extermine, qu’on le déporte, qu’on le génocide, chaque fois que la force s’écrase sur des individus, il y en a toujours un ou une pour dire « non ». Toujours. Il ou elle le paie cher, souvent de sa vie. Mais chaque fois il y en a.

Convenons que c’est admirable, non ? Sachant en plus que celui qui écrit ces lignes, je l’avoue, n’a jamais ébloui par son optimisme et son amour fou de l’humanité.
Et ça donne aussi une image un peu meilleure de l’humain, à une période de notre Histoire où on en a une, d’image, très dévalorisée. Sans doute trop. On est durs avec nous mêmes. On ne le mérite pas toujours.

 

Derrière la tête

C’est une très mauvaise nouvelle que celle de la mort, par suicide, de Chester Bennington, chanteur de Linkin Park. D’abord bien sûr pour sa famille et ses proches et les fans du groupe. Mais une très mauvaise nouvelle aussi pour celles et ceux qui se débattent et se battent depuis des années après avoir subi une agression sexuelle. Le chanteur ayant été abusé et violé à l’âge de 7 ans par un ami de sa famille.

Bien sûr, les causes d’un suicide ne sont jamais univoques, et il en faut des raisons pour que quelqu’un en ait suffisamment assez pour passer outre l’instinct de survie et devenir suffisamment déterminé pour passer à l’acte. Ceci dit, comment ne pas voir, comment ne pas faire le lien avec le viol dans l’enfance, et le long combat contre les addictions et la dépression, jusqu’à l’acte sans retour ? Et ici évidemment, on parle de quelque chose qui me touche personnellement, au plus intime. J’en ai déjà parlé ailleurs et je ne m’étalerai donc pas, mais cette mort m’a porté un coup au moral, je l’avoue : on peut être connu, reconnu, établi dans son domaine, entouré, riche, père de famille et avoir toutes les raisons du monde de vivre, et pourtant les ombres finissent par être plus fortes et l’emporter. Et tout submerger. C’est terrible. C’est vraiment terrible et ça fait se poser toutes sortes de questions. De ces questions qui remuent tout au fond.

Entendons nous bien : mon histoire n’est pas celle de Chester Bennington, ni celle d’autres personnes ayant subi des agressions sexuelles, et en aucune façon je ne prétendrais parler au nom des autres. Je ne parle ici qu’en mon nom propre. Pourtant, par delà les vécus et les individus, il y a des marqueurs communs après un viol, et le combat contre les ombres est une rude bagarre. Ô combien. Une rude bagarre de tous les jours, parfois, même après des années de thérapie, même après avoir construit une vie. Même après que le trauma soit devenu souvenir et qu’on peut vivre sans être écrasé sous les ombres et la violence, c’est à dire : vivre, tout simplement, on reste avec cette conscience d’avoir traversé un enfer. Et du creux que ça crée avec “les autres”. On est avec eux, on vit avec eux, et en même temps, on sait tout au fond que la séparation est là, qu’on a traversé des choses dont ils n’auront jamais la moindre idée, et que si on peut en parler, si on peut même avoir un discours et du recul sur ce qui est arrivé, la séparation est là, et elle reste là. On est avec eux. Et en même temps on n’est jamais complètement relié. On vous a jeté hors du monde et il faut un travail absolument énorme pour s’y reconnecter, et même alors ça peut parfois être tellement difficile. Ce sentiment d’une séparation irréductible d’avec les autres, ce mur de verre entre soi et les gens, peut être absolument décourageant. Et heureusement qu’existent des rencontres avec des personnes qui écoutent et qui comprennent. Ce serait invivable sinon.

Parce que même après s’être battu comme un chien, pendant des années, même après avoir, enfin, laissé les ombres à leur place dans le passé et s’être libéré et allégé, même quand on se pense et qu’on a des bonnes raisons de se penser enfin à l’abri, apprendre la mort de Chester Bennington est un choc. Parce qu’elle ravive la question qui hante : et si les digues sautent ? Même si elle sont là et bien là, construites depuis des années et ce dont elles protègent n’est plus qu’un fantôme d’ombre, mais la question lancinante reviens : si lui, avec tout ce qu’il a accompli, alors moi ?…

Que se passe t-il si les digues sautent ?

Cette question accable.

Et même si elle accable, il faut pourtant continuer à avancer. On ne peut pas passer ses journées la tête entre les mains a retourner ce doute en tous sens, il faut continuer. Je crois qu’à un moment, il faut accepter que ce doute sera là et faire avec. Ne pas le fuir, ne pas le nier, et ne pas se laisser empoisonner la vie par lui non plus. Accepter la faille et tout faire pour la réparer, et vivre. C’est con, à dire comme ça, je le sais. Et en même temps, ce n’est pas con du tout, parce que je pense, je crois sincèrement, que c’est ce qu’il y a de mieux à faire. Et sans conseiller personne ni donner d’ordre, faites une thérapie, ça sauve. Littéralement.

Et puis dans ce combat, il n’est pas interdit d’y mettre du panache. “Et bien soit !”. Après tout, affronter les adversités fait aussi partie des plaisirs de la vie, si on y trouve de la stimulation. De préférence sans entrer en guerre contre le monde entier, et surtout ne plus se faire la guerre à soi-même, tout simplement.

So long, Chester.

 

 

 

 

“Check tes privilèges” ou le détail qui change tout

Avez-vous checké vos privilèges ? Comment ça non ? Pff, vous êtes à l’évidence des hommes blancs cishet validistes. Vous n’avez rien compris à ce que vous venez de lire ? C’est normal, je vais tout vous expliquer.

En politique comme ailleurs, il y a des modes. Des théories qui voient le jour, deviennent très répandues parce que portées par l’époque, et qui soient connaissent une vivacité permanente dans le temps, soit disparaissent corps et âmes. En ce moment, une mode politique naissante, ça consiste à « checker ses privilèges » et pantelants, vous vous demandez : quoi qu’est-ce ?? Ça nous vient des Etats-Unis et c’est la traduction littérale de « check your privileges » qui peut se traduire par « soit conscient de tes prérogatives », ce qui est plus exact que CTP en français mais ça claque moins, faut avouer. Checker ses privilèges consiste à devenir conscient des rapports de forces qui régissent notre société, afin de prendre conscience des oppressions qui ne nous concernent pas. Par exemple, dans la société où nous vivons, moi Thierry, Homme, Blanc, hétérosexuel, je n’ai pas, de toute ma vie, été confronté ni au racisme, ni à l’homophobie, ni à cette violence spécifique du rejet hostile de celui, ou celle, qui n’est pas majoritaire dans un groupe donné. J’ai donc, selon cette théorie, une prérogative qui me mettra en position de force dans la société actuelle, et de facto : c’est vrai. Check tes privilèges d’homme blanc hétéro, je ne subirai jamais sexisme, racisme, homophobie, et je n’aurai jamais peur d’être jugé sur ma façon de m’habiller ou ma couleur de peau. Je checke mes privilèges. Et en effet, cette théorie est séduisante, puisque voulant articuler les oppressions de classe, de sexe, de genre, pour en embrasser les dynamiques : certains groupes, dans une société donnée, sont dominants par rapports à d’autres, cette domination est inique et ne se justifie en rien, et checker ses privilèges est le projet, ambitieux, et louable, de déconstruire les fausses évidences de cette domination.

Toutefois. Plus j’y réfléchis, et plus quelque chose m’embête, dans cette théorie. Un peu comme quand on a le palais qui gratte et on passe la langue dessus et plus on passe la langue plus ça gratte et à la fin ça rend fou. Sans aller jusqu’à ce que ça me rende fou, y a quand même quelque chose. Qui me gratte. Et je crois avoir compris quoi. Je vais illustrer la chose : prenons deux personnes, et checkons leurs privilèges. On va prendre moi, Thierry, et Salmane.

Bon déjà on comprend, rien qu’aux prénoms respectifs, qu’il y a a priori plusieurs différences entre Salmane et moi. Listons.

Je suis Français, il est arabe, pas sûr que Salmane trouve un appart avant moi. Check.

Je suis élevé dans un pays de culture chrétienne, Salmane est musulman, et être musulman dans certains coins du monde, ça craint. Check.

Je suis en plutôt bonne forme physique, ça va, je vais à la salle parce que s’entretenir c’est important, bref, Salmane est vieux, il est né en 1935 quand même, et il est malade. Oui au fait Salmane existe vraiment, c’est une vraie personne, je n’ai pas pris un prénom au hasard, vous allez comprendre. Moi en bonne santé, lui vieux et malade, check.

Je bosse, enfin j’ai un emploi salarié, Salmane n’a jamais travaillé de sa vie. Tant mieux pour lui hein, heureux homme, mais bon en attendant sur le marché de l’emploi : check.

On est hétéro tous les deux, double check pour lui et moi.

Je m’habille urbain casual on va dire, et Salmane eh il fait pas d’effort quoi, il porte une serviette marrante sur la tête et une longue robe tout le temps, mouarf, alors lui c’est sûr à métro Jean Jaurès il va pas passer inaperçu hein ! Ahem bref. Donc au bas de la liste, Thierry a checké ses privilèges par rapport à Salmane, et si on s’en tient à cette liste, je suis privilégié et à plusieurs niveaux, par rapport à Salmane.

Juste un détail.

Un petit détail.

Le nom complet de Salmane est Salmane Abdelaziz Al Saoud, il est actuellement roi d’Arabie Saoudite, et sa fortune personnelle est estimée à 38 milliards de dollars. Ce qui est beaucoup. Et je viens de checker mon compte en banque au Crédit Mutuel, et bien je pas 38 milliards de dollars dessus. Et croyez bien que ça me navre. Parce que ça c’est un sacré gros privilège. Et c’est ça qui me gêne, dans le CTP, ça « oublie », ou en tout cas ça met à plat toutes sortes d’oppressions, réelles, existantes, mais ça met aussi à plat avec d’autres, ce qui est le premier privilège d’entre tous : le privilège de l’argent. Parce que dans un monde capitaliste globalisé comme le nôtre, l’oppression majoritaire c’est l’oppression économique. Et si vous ne me croyez pas, essayez de vivre pendant 3 mois sans argent ni le moindre revenu. Vous allez très vite comprendre.

L’argent, premier privilège. Si je dis, un homme blanc riche passera avant un homme noir pauvre, jusque-là ça va, ça a l’air de tomber sous le sens. Mais. Un homme noir riche passera avant un homme blanc pauvre. Une femme noire riche passera avant un homme noir pauvre. Et etc. Celui qui a le plus d’argent que l’autre, quel que soit son genre, sa couleur, sa religion, ses orientations sexuelles etc. Passera avant dans la file d’attente de tout dans la vie. Parce que la seule “liberté” qui existe en société capitaliste, c’est l’argent. Aux Etats Unis, les Noirs qui se font tirer dessus par la police, leur point commun c’est d’être Noirs, certes. Mais aussi d’être pauvres. Aussi voire : surtout. Parce que les Noirs riches, eux, ne se font pas tirer dessus.

Attention, ça ne veut pas dire que l’oppression économique efface les autres oppressions. Entre une femme noire riche et un homme blanc riche, c’est ce dernier qui passe en premier. Sauf : si la femme est plus riche que lui. Et même ça ne lui épargnera pas racisme et sexisme. Je ne dis pas que le Noir riche ne subira jamais de racisme dans sa vie. Malheureusement, il est à craindre qu’il en subisse. Mais l’argent a ce pouvoir magique de procurer bien des consolations et des compensations, en termes d’objets et de pouvoir. Puisque c’est de ça dont il est question : le pouvoir. Et la première source de pouvoir, donc de domination, donc d’oppression c’est et ça reste l’argent. Celui qui en a. Celui qui en a moins. Celui qui n’en a pas. Il est logique que CTP nous vienne des campus américains où l’étude des inégalités économiques sont quasi-systématiquement oubliées, et où l’identité a finit par remplacer la volonté d’égalité. Ce qui pose tout de même la question politique du niveau de revendication, puisqu’à la fin du raisonnement, on peut être équipier chez MacDO, exploité jusqu’au trognon, mais du moment qu’on est fier de son identité, ouf, ça va.

Je ne dis pas que les autres oppressions sont à ce point secondaires que bon d’abord on s’occupe des riches et ensuite du reste. Je ne dis pas ça et je ne le pense pas. Par exemple la situation dramatique des homosexuels en Tchétchénie interdit de minoriser les souffrances qu’ils vivent. Et c’est un vieux débat politique, plutôt le centre ou plutôt la périphérie, qu’il ne faut pas trancher du tout : on s’occupe du centre ET de la périphérie en même temps puisque l’un et l’autre sont articulés. Comme disait Bensaïd, tout ce qui est injuste nous concerne et il n’y a pas de hiérarchisation arbitraire des luttes, parce que faut pas oublier que des gens souffrent, réellement, du racisme, du sexisme, de l’homophobie. Et qui souffrent aussi, de l’oppression de l’argent, celle qui opprime sans distinctions de race et de genre. Celle qui opprime absolument tout le monde en tout temps et qui reste l’ennemi commun de toutes et tous.

 

 

Lexicologie

Internet, c’est tout un monde. Avec ses codes, ses passions, ses foucades, et surtout : son langage. Et le plus fleuri et déconcertant reste celui de l’extrême-droite. La lectrice et le lecteur se sent parfois un peu débordé ou désarçonné par tant de foisonnement ? Pas de panique : avec le lexique ci-dessous, vous saurez enfin vous y retrouver.

 

Réinformation : Galaxie de sites, forums et comptes de réseaux sociaux dédiés à donner au peuple de France une véritable information, au contraire des merdias gauchistes vendus au Système. L’activité principale de cette « réinfosphère » est de mettre en avant des faits-divers sordides impliquant systématiquement des personnes immigrées, et de fabriquer des hoax plus ou moins grossiers pour les diffuser.

Fdesouche.com : Navire amiral de la réinfosphère, là ou les patriotes peuvent se rouler avec délectation dans la section des commentaires, AKA la plus répugnante fosse à purin du web francophone.

Journalope : Journaliste, donc de gauche, donc bobo, donc immigrationniste, donc anti-français. À insulter abondement à toute occasion.

Socialope : Adhérent du Parti Socialiste. Par extension, toute personne ayant un jour émis une idée vaguement à gauche.

Gauchiasse : Au sens premier, personne se situant politiquement à la gauche du PS. Par extension, toute personne ayant émis un jour une idée n’étant pas d’extrême-droite.

Gauchisme : Entreprise totalitaire qui met une chape de plomb sur l’expression de la vérité patriote. Le gauchisme est partout, il est omniscient, il te surveille quoi que tu fasses. Il y a même parfois des cas de contamination gauchiste chez certains patriotes, c’est dire la férocité du mal. À éradiquer par tous les moyens possibles et imaginables.

Voyoucratie : Système politique dans son ensemble, toutes formations et convictions confondues.

Merdias : Médias vendus au Système. C’est-à-dire tous excepté la Réinfosphère.

Droit de l’hommiste : Personne pétrie de bonnes intentions dont l’enfer est pavé. Dissimule ses pulsions totalitaires sous un vernis d’humanisme et de tolérance. Souvent bobo. Au mieux naïf idiot utile du système, au pire stalinien plus ou moins refoulé.

Bobo : classe moyenne aisée de gauche qui vit dans un appartement de 4 mètres sous plafond dans un quartier socialement homogène, au contraire des bons français assiégés dans leur pavillons par les hordes immigrées. Ennemi absolu du patriote.

Feminazi : Militante féministe égarée par sa haine atavique des hommes. Par extension : toute personne se réclament du féminisme

Féminisme : Est allée beaucoup trop loin, malgré une louable idée de départ.

Femmes : N’existe qu’en deux catégories distinctes, mère sublime ou sale pute. Dans la réalité, continent inconnu pour la fachosphère, qui d’ailleurs partage sur ce sujet précis les mêmes idées que les musulmans intégristes. Comme quoi.

Femme de gauche : Salope bien-pensante qui préfère coucher avec des Noirs qu’avec des patriotes. D’ailleurs la femme est ontologiquement de gauche, c’est donc quelque part un ennemi dont il faut toujours se défier.

Femme de droite : Femelle ayant eu la lucidité de rejoindre le camp patriote. Se révèle à l’usage un peu – beaucoup – casse couilles, commence même à revendiquer des droits. Tout a été contaminé par le gauchisme, saloperie.

Homme : Parangon de toutes les qualités, hélas mis à mal et culpabilisé dans sa saine virilité par le gauchisme efféminé. Doit retrouver de solides vertus par la pratique de la musculation intensive, le visionnage de vidéos d’Alain Soral et les promenades champêtres, parce que la nature c’est viril, quelque part tu vois.

UMPS : Alliance funeste de la gauche et de la pseudo-droite non patriote. Sont réunis par leur bienveillance immigrationniste, leur amour de l’Europe contre les peuples et l’allégeance à la Franc-Maçonnerie satanique. Ne s’emploie plus depuis que l’UMP est devenue Les Républicains.

Chances pour la France : Détournement ironique du mot de Bernard Stasi, « l’immigration, une chance pour la France ». Désigne tout ce qui n’est pas de souche, surtout si c’est hâlé.

Voleurs de poules : Gens du voyage, gitans, manouches, Roms, et en général toutes populations précaires issues d’Europe de L’Est. Sont sales et chafouins, quoique pittoresques à l’occasion.

Dégénérés : Vaste agrégation de l’Anti-France dans son ensemble. Désigne au départ les personnes homosexuelles, s’étend à tout, absolument tout ce qui n’est pas Blanc hétérosexuel chrétien européen et fier. Oui ça fait beaucoup de monde. Même pas peur.

Frankistan : Destin inéluctable de la France si elle continue à accueillir tous les bougn…les pas comme nous.

Invasion : Hurler ce mot très fort chaque fois qu’on est dans la queue d’une Caisse d’Allocations Familiale.

Occupation : Immigrés = musulmans = intégristes = terroristes = nazis = France occupée par les musulnazis. MAIS OUI C’EST CLAIR !

Résistance : Mettre du jambon dans le rayon hallal du Leader Price. Et voilà les musulmans bien embêtés, et toc !

Sionistes : Sujet complexe. Au départ idéologie politique d’émancipation des Juifs de gauche, le concept a subi toutes sortes de détournements et transformations à travers les âges. Désigne maintenant la droite religieuse israélienne, et dans la réinfosphère les « Juifs » en général, qui sont évidemment partout.

Juifs : Sont partout.

Islamogauchiste : Gauchiste au carré, puisque gauchiste et pro-musulman. Par extension, toute personne ne comprenant pas pourquoi on embête des gens pour leur religion.

Occupation : Voir Arabes

Collaboration : Voir Occupation

Collabo : Toute personne ne voyant pas nécessairement une personne d’origine immigrée comme nuisible.

Lobby LGBT : Pieuvre sodomite. Est partout. Veut imposer sa morale décadente au plus haut sommet de l’Etat et transformer nos enfants en travelos.

Bien-pensant : Faux gentil de gauche, qui cache sous son vernis de tolérance sa haine de la France en général et des patriotes en particulier.

Ripoublique : Fulgurante audace conceptuelle réunissant « ripou » et « République ». Indique à quel point la République, et par extension le parlementarisme, et par extension la démocratie sont les choses les plus abominables du monde. Faut une bonne guerre civile.

Illuminatis : Sont très forts. Ont déclenché la Révolution Française, l’indépendance Américaine, les deux guerres mondiales, les chocs pétroliers, le 11 Septembre, le Bataclan, et l’échec social des youtubeurs d’extrême-droite qui vivent dans la cave de leurs mères et qui se vengent en faisant des vidéos approximatives pour dénoncer le complot, en utilisant systématiquement le thème musical de Requiem For A Dream.

Bilderberg : Preuve irréfutable du complot Illuminati. Dans la réalité, club de rencontre mondain pour gens très riches.

Patriote : Vrais français conscient de ses racines. Passe son temps à souffrir atrocement et se plaindre de tout. Pire qu’une gonzesse, sérieux.

Fascisme : Idéologie de gauche.

Capitalisme : A d’incontestables inconvénients. Mais c’est ça où le communisme.

Néolibéralisme : Ici, deux écoles : soit le patriote se déclare « antilibéral » parce que les bronzés pauvres ils font rien qu’à voler les emplois des de souche. Soit il est ouvertement libéral voire libertarien et exige la dérégulation de tout. En général, l’extrême-droite étant ce qu’elle est, elle choisit toujours le néolibéralisme.

Dissidence : Pose de rébellion adolescente attardée, le plus souvent revendiquée par des freluquets incultes qui veulent faire passer leur antisémitisme, leur racisme et leur misogynie pour un style proto-punk. Ont un QI à deux chiffres. Crient très fort sur Internet, baissent les yeux devant tout dans le monde réel.

Grand Remplacement : Désopilante théorie de l’écrivain Renaud Camus, voulant que la population européenne sera remplacée sous peu par les hordes allogènes, voyant ainsi la disparition tragique de la race blanche, de la civilisation et du saucisson. À l’instar des chemtrails, tout individu affirmant cette théorie encours le lourd soupçon d’être un crétin particulièrement flamboyant.

PMA : Projet techno-satanique voulant créer une société sans pères, donc efféminée, donc décadente, donc tarlouze, donc immigrationniste, donc de gauche, donc nazi, donc satanique. Parce que tout est dans tout. N’est-ce pas.

GPA : Suite inéluctable et logique de la PMA. Fais partie du grand plan satanique de la société efféminée et donc inapte à contenir les hordes allogènes puisque les gonzesses ça sait pas se battre, c’est bien connu.

Violence : Sujet de fascination absolue pour les patriotes, dont c’est l’obsession préférée avec la virilité pour des raisons évidentes de grande fragilité et de lourde homosexualité refoulée. Très peu utilisée dans la réalité, puisque les coups ça fait bobo, quand même.

Musculation : Activité sportive de prédilection des patriotes. Les sports de combats devraient plutôt logiquement avoir leur préférence, mais voilà : les coups, ça fait bobo, et on est obligé de rencontrer et d’interagir avec ce qui est l’angoisse absolue du patriote : les gens pas comme lui. Qui sont partout. La muscu, ça permet se croire Leonidas tout seul dans son coin, ça n’a donc que des avantages. Et permet de canaliser de profondes pulsions homoérotiques, très mal vécues par le patriote qui est décidément un peu concon. Un peu.

Remigration : On va mettre les étrangers dans des bateaux pour leurs pays loin là-bas et la France ira mieux. Oui, c’est aussi stupide que ça en a l’air.

Mondialisme : Tentative conceptuelle hasardeuse de dénoncer le capitalisme globalisé, mais qui échoue assez lamentablement du fait de l’amour fusionnel qui a toujours soudé extrême-droite et bourgeoisie. Se contente à la fin de fustiger un monde sans frontières proprement jacquesattaliesque, donc illuminati, donc satanique. Suivez un peu, bon sang.

Islam : Croyance de bédouins attardés qui veulent rien qu’à nous envahir de partout. Mal Absolu Majuscule qui explique tous les malheurs de l’humanité et des patriotes.

Islamisation : Processus totalitaire en germe chez tout arabe, la preuve par le niqab et les boutiques de kebab. Quand on vous demande « Et avec le kefta, de la sauce samouraï, chef ? », ne vous y trompez pas, c’est une tactique d’invasion particulièrement retorse.

Taqiya : Dissimulation des convictions religieuses par les musulmans en cas de grave contrainte, persécutions, menaces de mort etc. Par extension, comportement de tout arabe, car l’arabe est fourbe. Comme le Juif. Et la femme. Et l’homosexuel. Et la femme homosexuelle juive-arabe. Satanique de la GPA mondialisée du complot atlantico-sioniste. Je ne sais plus qui je suis. INFIRMIÈRE !!!

Ramadan : Navrante pratique religieuse autorisant les bédouins à s’empiffrer dès le coucher du soleil en hululant des chants probablement jihadistes. Empêche les patriotes de dormir, et c’est un peu énervant, à la fin.

Voile : Preuve incontestable du Grand Remplacement en cours.

Baboucholâtre : Personne dotée de sens commun et ne croyant pas au Grand Remplacement. Individu normal, en somme.

Dhimmi : Citoyen non musulman d’un Etat musulman, lié à celui-ci par un “pacte” de protection. Par extension, toute personne ayant un jour acheté des cornes de gazelle dans une épicerie arabe. Voir : Collabo.

Mosquées : Bases arrières du Grand Remplacement, bourrées à craquer de plus ou moins terroristes.

Minarets : Une vingtaine en France. Le patriote en voit pourtant des centaines partout en prolifération accélérée. Le patriote aime aussi beaucoup le pastis, ceci expliquant sans doute cela.

Racisme : N’existe pas. Ou alors seulement contre les blancs.

Racisme anti-blancs : Strict équivalent du racisme anti-pas blancs. Représente à peu près que dalle du racisme réel, mais le système ment.

Christianisme : Seule religion viable. Les autres sont nulles. D’abord.

Communisme : Invention de Satan et des Juifs. Veut collectiviser votre Audi et niveler la société par l’égalitarisme décadent. Ennemi absolu, à dénoncer sans relâche.

Syndicalisme : Répéter en criant le délicat trait d’esprit de Michel Collucci « CGT c’est Cancer Généralisé du Travail ! ». Eclater d’un rire gras, recommander un 51.

Chômage : Point aveugle de la fachosphère, ce qui est gênant dans un pays qui compte 6 millions de chômeurs. Le patriote évacue le sujet en assénant que chômage = immigration, et que si y a plus d’immigration y aura plus de chômage, pouf pouf, magie magie. Il ne faut pas trop en vouloir au patriote, les sujets complexes lui font bobo à la tête.

Occident : Décade de partout. A besoin d’une bonne guerre.

Allemagne : C’était mieux avant.

Hitler : Patriote allemand un peu véhément. N’a pas eu tort sur tout.

Grand Mufti De Jérusalem : Mohammed Amin al-Husseini, mufti pendant la Seconde guerre mondiale, a collaboré avec les nazis par antisémitisme. Preuve définitive que musulmans et nazis : kif kif bourricot.

Chambres à gaz : On a beaucoup exagéré, vous savez.

Complot : Est partout. Tout ce qui se passe est un complot, le complot est omniprésent, le système ment. Paranoïa généralisée qui est pour beaucoup dans l’instabilité psychique de nombreux patriotes. Chut. Ils nous observent. Ils nous écoutent…

Orwell : Récupération d’une figure de gauche par les patriotes. Sert à dénoncer le totalitarisme de la bien-pensance des bobos quand ils vont chercher leurs légumes dans leur AMAP. Se retourne dans sa tombe plusieurs fois par jour.

Gramsci : Théoricien du Parti Communiste Italien dans les années 20.  A conceptualisé la nécessité du « combat culturel », récupéré par les patriotes pour justifier d’écrire des commentaires idiots sur le Figaro.fr.

Charles de Gaulle : Au choix, plus grand homme politique de l’Histoire de France, ou salaud intégral vendu à la juiverie, en fonction du patriote auquel vous vous adressez. Car le patriote est pétri de nuances et de contradictions, voyez-vous.

Philippe Pétain : Admirable vieillard qui a choisi de résister de l’intérieur, contrairement au lâche De Gaulle qui s’est enfui tel un couard. La preuve qu’il a résisté : il n’a pas livré tous les Juifs aux allemands, alors ?

Jeanne d’Arc : A bouté l’anglois, doit revenir d’urgence pour porter secours à Jean-Marie Le Pen

Jean-Marie Le Pen : On lui érigera des statues, à cet homme qui fût si injustement calomnié et incompris.

Marine Le Pen : Ex-meilleur espoir.

Jean Raspail : Madame Irma patriote. A raconté n’importe quoi dans un livre, est donc logiquement devenu culte chez les imbéciles nés quelque part.

Camp des Saints : Ouvrage de Jean Raspail décrivant l’invasion de l’Occident par de nombreux pas blancs au comportement un peu fripon. Le citer dès qu’on croise un Noir à casquette dans le métro.

Laurent Obertone : Ex-blogueur scatophile. A écrit des livres dont l’absence de toute rigueur intellectuelle élémentaire le dispute à la plus profonde bêtise. Uniquement connu et adulé par des cons.

La France Orange Mécanique : Compilation crapoteuse de faits-divers comme par hasard uniquement du fait de personnes d’origine immigrée, pour accréditer la thèse : bronzés = violence. Alors que l’affaire du petit Gregory entre tellement d’autres prouve que les de souche sont toujours d’une exquise retenue.

Immigrationnistes : Complices collabos de l’invasion arabo-musulgnoule. De gauche, évidemment. Salauds !

Races : Existent. Certaines valent mieux que d’autres. Pendant que certaines construisaient des cathédrales, d’autres pilaient du manioc, mais ça on ne peut pas le dire, ça.

Armée : Superbe institution qui n’a rien à se reprocher. Doit être envoyée au plus vite dans les banlieues pour mâter les sauvageons.

Police : Superbe institution qui n’a rien à se reprocher. Doit mâter les sauvageons et laisser les patriotes conduire à la vitesse qui leur plaît.

Migrants : Envahisseurs violents équivalents aux déferlements d’insectoïdes dans Starship Troopers. Expliquent peu ou prou tous les malheurs de la France.

SDF : Avant, sale clodo qui pue. Maintenant : pauvre de souche qui crève à cause des migrants qui lui volent le sandwich au pâté jusque dans la bouche, enfoirés !

Education nationale : Nid fétide d’éducateurs bolchéviques qui aliènent nos pauvres enfants. Souffrir de ne pas pouvoir les mettre dans le privé. Le devoir du patriote est donc de se comporter comme un connard suffisant aux conseils de parents d’élèves.

AME : Aide Médicale d’Etat. Permet de soigner gratuitement les étrangers qui nous apportent la peste bubonique et le Sida. Honteux.

CMU : Couverture maladie Universelle. Permet aux étrangers d’être dans une éclatante santé insolente pour engrosser nos filles, avec nos impôts.

CAF : Caisse d’Allocations Familiale. Autorise les femmes pas blanches à procréer comme lapins en furie pour génocider la race blanche avec leurs utérus. Voir: Grand Remplacement.

RSA : Revenu Solidaire d’Activité. Entretient grassement la population allogène qui se roule dans le luxe byzantin de 536€ par mois, pour s’acheter de la majijuana et ricaner grassement devant leur Playstation flambante neuve, quand les vrais français souffrent au travail.

Terroristes : Arabes.

Arabes : Nazis.

Noirs : Rient trop forts. Ont une libido exacerbée. Heureusement, sont de grands enfants un peu niais.

Asiatiques : Travailleurs, discrets, détestent aussi les bronzés donc sympathiques. Sont chelous, quand même.

Breivik : Avant-gardiste incompris.

Colonisation : On leur a appris à lire et écrire et regardez à quel point ils en sont ingrats, tout ça sous prétexte qu’on a un peu génocidé de ci de là. Franchement, autant d’absence de reconnaissance, même pas un merci, ça me dégoûte tiens.

Dictature : On ne peut plus rien dire. J’ai mal à la France.

Racaille : Jeune urbain habitant dans des quartiers d’une sensibilité exacerbée. Présente le double avantage d’être pauvre et bronzé, ce qui permet de cracher sur les pauvres, surtout quand ils sont bronzés.

Suédois : Terme ironique désignant les bronzés, mais on ne peut plus rien dire tant nous étouffe la dictature de la bien-pensance.

Politiquement correct : Dictature de gauche qui nie aux patriotes leur droit élémentaire à dégoiser de la grosse merde raciste de gros beaufs.

Immigration : Cause première et dernière de tous les problèmes sans aucune exception.

Éric Zemmour : Glorieux refuznik qui pourfend le conformisme de gauche dans la semi-clandestinité du Figaro et d’une douzaine de plateaux-télé.

Dieudonné : Preuve que la connerie, le mensonge, la vénalité, l’hypocrisie, l’antisémitisme et les blagues de beaufs peuvent être aussi partagées par un Noir. Et ça, c’est un grand pas dans l’égalité et quelque part ça réchauffe le cœur.

Quenelle : Signe de reconnaissance des cons.

Alain Soral : Preuve définitive que les traumatismes d’enfance se résolvent chez un psy et pas sur Internet.

Daniel Conversano : Nazillon BDSM. Sert de punching ball à Alain Soral.

Henry De Lesquen : Patriote aristocrate, à crée le surprenant concept de “racisme positif”. Est d’un racisme échevelé. Je veux dire, à ce point être raciste c’est chaud quoi.

Vincent Reynouard : Admirable résistant au mondialisme enjuivé, qui n’en finit pas de le persécuter injustement. Se veut aryen. Ressemble à votre beau-frère alcoolique qui regarde du porno thaïlandais avec des mineures.

Jacques Attali : Voir Juifs

Daniel Cohn-Bendit : Voir Juifs et Pédophilie.

Corée du Nord : Dernier pays ouvertement stalinien, donc de gauche, donc socialiste, donc nazi. Hurler dès que possible que si c’est comme ça les gauchiasses y z’ont qu’à y aller si ils sont pas contents.

Impôts : Prélèvement inique d’une injuste cruauté par un Gouvernement vendu aux lobbys pour les nourrir grassement, toujours au détriment des patriotes. KGB fiscaliste.

Lobbys : Puissances occultes qui étranglent la Patrie dans l’ombre. Existent en toutes tailles et tous formats. Sont partout.

Union Européenne : Principal organe de destruction de l’identité de la France.

Bruxelles : Capitale de Satan.

Fascisme : De gauche. Toujours.

Pédophilie : De gauche. Toujours.

Vaccins : Tentative d’empoisonnement massif des français. Avant on vivait mieux. Avec une espérance de vie de 30 ans de moins, certes, mais mieux.

CRIF : Lobby arrogant et dominateur. Tiens les rênes du pays avec la complicité des journalopes et des francs-maçons.

Mariage pour tous : Décadence de la France et de ses valeurs. Nos enfants vont tous devenir pédés, allez, de toute façon tout est foutu, ce pays est foutu.

Juges : Honteuse corporation de gauchistes laxistes vendus aux Francs-Maçons.

Justice : Survivance du communisme. Relâche les violeurs et les meurtriers avec un clin d’œil.

Prisons : Club Med. Les détenus y passent leur temps devant des PS4 pendant qu’on leur fait des massages relaxants. Sont remplies d’étrangers pas de chez nous.

Peine de mort : À rétablir d’urgence en étendant son application aux moindres peccadilles. Ensuite ça filera droit moi j’vous l’dit.

Radars : Outil dégueulasse du KGB fiscaliste, symbole du basculement du pays dans le fascisme. À brûler au plus vite.

Vladimir Poutine : Sublime dirigeant qui a rendu sa fierté à son pays. Idole des patriotes qui ont toujours l’entrejambe humide devant les hommes virils. Les coquins.

Bachar Al-Assad : Sublime dirigeant qui combat les bédouins. Une main de fer dans un gant de plomb. Un modèle pour nos démocraties décadentes affaiblies par le féminisme de gauche.

Donald Trump : Sublime dirigeant qui redressera les Etats-Unis trop longtemps affaiblis par l’afroislamiste Obama.

Délation : Quand on signale sur Pharos les patriotes qui se lâchent un peu trop.

Francs Maçons : Voir Juifs.

 

 

 

En finir avec Houria Bouteldja

Il m’en coûte d’aborder ce sujet, mais hélas, par un de ces tours de passe-passe médiatico-politique dont l’époque à le secret, le cas Bouteldja/Indigènes de la République est devenu incontournable dans une certaine gauche. Il m’en coûte, parce que bien davantage que l’indignation, ou quelque colère, ce que provoque d’abord chez moi cette personne et ses dires, ce qui le traduit le mieux c’est le mot anglais cringe : “When someone acts/ or is so embarrassing or awkward, it makes you feel extemely ashamed and/or embarrassed.”. On pourrait dire “la gêne”, comme devant quelqu’un dont le comportement public d’une rare sottise crée un embarras profond. Non seulement l’histrione raconte des énormités avec un aplomb qui crée le malaise, mais en plus la façon dont elle le dit…on va y revenir.

Étudions donc, et même laissons lui la parole dans cette interview où le ridicule de la pose victimaire le dispute aux théories infra-politiques les plus ébouriffées. “Je combat mon intégration”, assène t-elle. Qu’elle est mignonne. Enfin, pas l’intégration de son emploi à l’Institut du monde arabe, donc financé directement par l’Etat raciste et colonialiste, mais sans doute que la lutte exige quelque menues concessions, admettons. Je laisse aux bon soins de mes chères et chers lectrices et lecteurs la tâche de se fader ce gloubiboulga, pour n’en retenir qu’une seule phrase qui m’a follement amusé :

les habitants de ces quartiers, on ne les convainc pas avec du marxisme-léninisme ou du républicanisme à la Mélenchon ! Les quartiers populaires, les citoyens issus de l’immigration, ont leur propre agenda et des problématiques largement liées au racisme d’État et à l’impérialisme.

Ou la démonstration que ces fameux quartiers, Houria Bouteldja n’en connaît rien, n’y va pas, et n’y connaît surtout personne.

Donc, tous les citoyens “issus de l’immigration”, qu’ils soient originaires d’Algérie, de Tchétchénie, de Chine ou du Sénégal, ont un “agenda” – lequel ? – et des “problématiques” – lesquelles ? – liées au “racisme d’Etat” – les institutions françaises sont donc racistes, c’est inscrit dans la Loi, première nouvelle – et à l’impérialisme. Admettons. Admettons parce qu’on en saura pas plus. En fait on ne sait rien, Bouteldja balance des phrases comme des tirs de mortier pour immédiatement passer à d’autres phrases, sans jamais rien expliquer, ou problématiser. C’est comme ça. C’est l’évidence. Il n y a rien à prouver. De ce point de vue, elle est complètement proche de ces deux autres figures qui adorent jouer aux victimes, à savoir Soral et Zemmour. Même raccourcis où on passe de A à Z en sautant toutes les autres lettres, mêmes affirmations péremptoires basées sur rien parce que n’est-ce pas, “tout le monde le sait”, même victimologie complaisante envers soi-même. Mais c’est l’époque qui veut ça et ces trois olibrius en sont de parfaites représentations : on a pas besoin d’expliquer, on balance n’importe quoi en vrac et si tu me contredis tu es au mieux dans l’erreur, au pire un ennemi. Emballé c’est pesé et ça pèse en effet, lourd, très lourd, Bouteldja étant à la réflexion politique ce que le parpaing est à la tartelette aux fraises : la promesse d’un écrasement absurde. Au fond, Bouteldja est restée à l’âge où l’enfant est très fier d’exhiber son caca devant les adultes et ne comprend pas que ceux-ci n’en soient pas enthousiasmés. Du coup elle boude. Ce n’est pas si grave d’être immature ceci dit, moi même il m’arrive parfois de ne pas être complètement “adulte”. Toutefois, j’évite de transformer ce trait de personnalité en soi-disant convictions politiques.

Rien qu’un signe que Bouteldja vit dans un monde parallèle : dans toute son interview où elle se fait porte-parole de la souffrance des cités, il manque un mot. Un seul mot.

“Chômage”.

Et on conviendra que passer son temps à parler des “quartiers” sans jamais évoquer ce qui en est le premier problème avant tous, à savoir l’absence de stabilité financière et l’incapacité à se créer un présent et un futur à cause d’un chômage endémique, est une manière d’exploit. Mais parler de chômage de masse, c’est le social, et le social Bouteldja n’aime pas ça. Puisque ça met par terre son obsession identitaire et ça l’empêcherait de vivre dans sa confortable bulle victimaire et paranoïaque.

Dissipons le mystère : Houria Bouteldja et ses Indigènes de la République ne sont politiquement rien. Pas seulement au plan intellectuel, d’une rare indigence, mais d’abord au plan concret. Si ce “parti” compte en tout 50 personnes par grand vent c’est le bout du monde. Ils n’ont aucune implantation dans leurs fameux quartiers, aucune influence de quelque sorte dans ces lieux, c’est une coquille vide et une grenouillette ridicule qui s’abstient soigneusement de vouloir se faire boeuf puisque lucide sur elle-même. Partant, d’où vient qu’on parle autant du PIR ?

Ici, il faut encore incriminer les désormais usual suspects : la classe moyenne gauchisante à prétentions intellectuelles. Sans elle, le PIR n’aurait jamais franchi la barrière de l’anonymat médiatique. C’est grâce à ces demi-intellectuels, universitaires et militants, que le PIR existe et qu’il est sorti littéralement du néant, et ces demi-sels gravitant dans la grotesque galaxie NPA/LMSI continuent de les prendre au sérieux, ce qui en dit fort long sur la misère intellectuelle qui sévit désormais à l’extrême-gauche. Pour peu qu’un animateur télé en recherche de buzz – Frédéric Taddéi pour ne pas le nommer – ait souhaité ajouter une pièce à sa collection de freaks politiques, le PIR est passé de rien à…toujours politiquement rien, mais un rien connu. Et nous visons dans une époque où pour exister, il faut passer à la télé. C’est aussi con et simple que ça.

Et désormais le relais médiatico-politique a été repris avec délectation par d’autres, puisque l’apparition des Indigènes de la République et leurs provocations à répétition sont devenues l’enchantement à la fois :

  • De la “gauche” façon Printemps Républicain de Laurent Bouvet puisque la dénonciation véhémente du PIR lui sert à vendre ses salades de “l’insécurité culturelle” sans lui aussi parler de social ou de précarité ;
  • D’une certaine gauche radicale qui a complètement laissé tomber le prolétariat et surtout les ouvriers et qui s’est trouvée de nouveaux damnés de la Terre, en confondant défense des musulmans et défense des islamistes ;
  • De la droite qui peut agiter l’effroyable spectre de l’islamogauchisme ;
  • Et de l’extrême-droite qui découvre ravie que ses fantasmes paranoïaques ont littéralement pris corps, dans un groupuscule ne représentant que lui-même certes, mais les fafs ne s’attardent pas à ces fadaises.

En fait, le PIR arrange tout le monde.

Presque tout le monde. Nous, la gauche sociale, matérialiste, qui pense que l’antiracisme ce n’est pas faire de l’ethnodifférencialisme, ça ne nous arrange pas, et le PIR l’a bien compris puisqu’il passe son temps à nous taper dessus. Il ne doit pas y avoir assez de vrais racistes dans ce pays, il faut sans doute s’en inventer de nouveaux en les trouvant ô surprise au plus proche de soi. Le PIR en fait, c’est ce relou bourré qui vous insulte et ne comprend pas pourquoi vous ne l’invitez pas à votre boum.

Ensuite, il faut quand même se poser une question : si cet antiracisme “décolonial” existe, c’est qu’il comble en effet un vide politique. L’antiracisme “républicain” a échoué, c’est un fait et les scores du FN sont là pour tristement le confirmer. Et dans cette vacance, le PIR et d’autres peuvent trouver une niche et créer de l’agitation à défaut de résultats et de projets politiques concrets et cohérents. Parce qu’une fois qu’on a checké ses privilèges, on fait quoi ? À part chercher des followers ? Sans compter que cet antiracisme “décolonial”, vent debout contre tous les racismes, a cette fâcheuse tendance à “oublier” l’antisémitisme dans ses revendications. Oups. Ces gens sont décidément étourdis. Et justifient par là qu’on a rien à faire avec eux ni de près ni de loin. Quand on est antiraciste, on l’est contre tous les racismes, on ne choisit pas les oppressions à la carte qu’on va défendre, et on ne découpe pas les opprimés en tranches pour choisir qui et quoi on va défendre en fonction de ce qui nous arrange.

La question d’un antiracisme politique de gauche reste donc posée et ouverte. Il y a là un mouvement à construire, qui se fera de toutes façons sans Bouteldja et sa petite bande. Puisque désormais, il faut en finir avec elle et pour ce faire de la manière la plus simple : ne plus en parler. Le PIR n’existe qu’à hauteur du temps qu’on consacre à parler de lui, et j’ai cruellement conscience d’être en train de le faire en ce moment. Et précisément pour dire qu’il faut arrêter. Ne plus parler d’eux. Du tout. Ne plus les mentionner, ne plus leur accorder cette validation dont ils ont désespérément besoin. Donc au final les renvoyer à leur existence réelle : aucune.

Et par pitié, qu’on arrête de céder à leur chantage politico-émotionnel. Puisque c’est leur seul “argument” et leur seule façon de poser les problématiques : accuser le monde entier et particulièrement notre gauche d’être forcément coupable de tout en vrac. Et si les “décoloniaux” ont vraiment envie de se trouver des adversaires, il existe pléthore de frontistes, d’identitaires et de soraliens, sans compter de militants de droite classique, qu’ils pourront tancer avec raison. En revanche, pour ce qui est de renoncer à l’universalisme et d’exiger qu’on le remplace par leur communautarisme névrotique, là c’est mon tour de passer à la provoc, il paraît qu’ils adorent ça : vous voyez ce doigt ? Oui c’est celui du milieu.

C’est aujourd’hui mon anniversaire, et il paraît qu’il faut se calmer avec l’âge, la saine maturité, toutes ces sortes de choses. J’entend bien pourtant à redoubler d’efforts pour mettre le maximum de bordel. L’époque le mérite amplement.

 

 

Vieillir

Arrivé à un moment, on ne peut plus se faire d’illusions : on commence à vieillir. Il y avait eu, bien sûr, depuis quelques temps, de nombreux petits signes qui s’accumulaient. Les soirées un peu arrosées qui deviennent chaque fois un peu plus difficiles le lendemain, les rides qui apparaissent au coin des yeux. Aussi, cette prise de distance vis-à-vis des choses qui apparaissaient cruciales à un moment de la vie et dont on se rend compte qu’en fait elles n’ont jamais tant comptées que ça.  Qu’en fait, elles sont même certaines sans aucune importance. L’opinion des autres sur soi et la recherche de leur validation en fait partie, et se débarrasser de ce poids est un vrai soulagement. Mais ça c’est pour la partie positive et encore heureux qu’il y en ait une. Le reste, mon Dieu, ça oblige quand même à dire que vieillir, même commencer à vieillir, c’est chiant. Ne serait-ce que parce que dès qu’on arrive à la quarantaine, votre corps vous présente l’addition de comment vous l’avez traité pendant toutes les années avant, et si je puis me permettre un conseil au plus jeunes : traitez le avec bienveillance dès aujourd’hui. L’addition peut être vraiment lourde. Et la blague qui dit “À quarante ans, si on se réveille sans avoir mal quelque part, c’est qu’on est mort”, est cruellement pertinente.

Là je regarde mes mains et si j’observe un peu attentivement, je commence à voir les petites taches qui apparaissent. Les fameuses petites taches brunes sur les mains. Oh, elles sont pour le moment minuscules, à peine décelables. On peut même les oublier tant elles sont discrètes. Elles n’en sont pas moins là, et leur existence est désormais le signe que le compte à rebours est bien enclenché. Il l’a toujours été, certes. C’est juste que maintenant je l’ai sous les yeux. Et le temps s’accélère, il file de plus en plus, on cligne des yeux et une année, deux années, se sont passées. On se révolte contre le temps. Moi vieillir ? Mais j’écoute Nine Inch Nails ! Maudits soient les rappels de Facebook pour ça, quand ils vous remettent sous les yeux un post que vous aviez complètement oublié, et vous vous dites “Quoi ? C’était il y a deux ans ? Déjà ??”. Vous pensiez sincèrement que c’était il y a quelques mois, voire quelques semaines… C’est chiant, vieillir, et c’est encore plus chiant quand ça commence à devenir un peu flippant.

Le plus étrange, c’est le décalage entre le corps et le cerveau. Le cerveau lui continue à plutôt bien fonctionner, plutôt très bien même, pour peu qu’on le sollicite régulièrement. Ce n’est pas très difficile en fait, il faut être un peu curieux, accepter de se remettre parfois en question, et le nourrir régulièrement de quelques livres et de quelques nouvelles têtes. Il y a une hygiène du cerveau qui est finalement valable à tout âge, et si je puis me permettre un autre conseil – vous savez comment ces vieux sont donneurs de leçons, n’est-ce pas – c’est de continuer à apprendre de nouvelles choses. Des langues, un instrument de musique, des sports, des activités que vous ne connaissiez pas. Tant que vous sollicitez vos neurones en leur présentant du nouveau et en les obligeant à turbiner un peu, vous êtes tranquilles. Pour ce qui est du corps, en revanche…c’est plus compliqué. En fait il y a 5 âges du corps :

  • De zéro à 20 ans, c’est l’innocence : on a pas réellement conscience de son corps et on lui fait faire absolument n’importe quoi sans que ça ait de conséquences. Nuits blanches, ivresses, junk food, cette quasi invulnérabilité donne à la jeunesse ce sentiment d’avoir radicalement raison sur tout puisque l’intendance suit, et le corps n’a pas encore fait apparaître de défaillances.
  • De 20 à 30 ans, c’est la jouissance : on commence à disposer d’un peu de recul sur les choses, et on peut encore mieux utiliser son corps pour en tirer le plus de plaisir. C’est là que les sportifs seront à leur meilleur, et que le sentiment de force et de joie qu’on tirera de son corps sera le plus fort.
  • De 30 à 40, c’est la conscience : ici et là des légers ratés, des petits soucis se font jour. On commence à comprendre qu’on est faillible et d’envisager de parfois se ménager. En général à ce moment, c’est le début de la fin.
  • Et à partir de 40, c’est…la maintenance. C’est simple : une heure de sommeil en moins, un excès de boisson un soir, continuer à manger trop riche, vous allez le payer, et très cher, et immédiatement. Et la sanction va être cruelle. Partant, il va falloir et ce au plus vite, entrer dans la dyade de l’Enfer : le Sport et les Légumes. Non. Chut. Ne cherchez pas, ne raisonnez pas, ça ne sert à rien de vouloir négocier, ça ne sert à rien de vous enfermer dans le déni, il n y a que ça qui fonctionne. Ça fonctionne depuis 10 000 ans, ça fonctionnera encore dans 10 000 ans et il n y a que ça qui soit vraiment efficace. Et attention – c’est le moment que vous allez adorer – ce n’est même pas pour vous sentir plus “en forme” ou je ne sait quoi. Comme me le disait récemment une amie : “C’est horrible. Maintenant je fais de l’exercice et attention à ce que je mange, mais même plus pour me sentir mieux, juste pour me sentir bien…”. Welcome to the cruel age. Encore pour moi ai-je la chance de trouver de l’amusement dans cette maintenance et même de l’épanouissement. Si en revanche vous êtes allergiques à l’exercice et refusez d’abandonner vos habitudes alimentaires…et bien vous allez souffrir. Et commencez à faire des examens sanguins tous les ans, c’est la période de la vie où des sales trucs commencent à rôder. Si vous êtes une femme, consolez vous en pensant que vous éviterez à la cinquantaine la déconcertante intromission d’un doigt professionnel dans votre fondement, manière de voir où en est votre prostate. Vraiment, je vous assure : vieillir c’est chiant, et on commence à mettre un gros mouchoir sur son orgueil.
  • Et le 5ème stade, c’est tout simplement la sénescence. “Processus physiologique qui entraîne une lente dégradation des fonctions de l’organisme”. Je crois que tout est dit, non ? Et puis bon, un jour, comme tel est notre destin, nous ne serons plus là. Et déjà, on commence à voir autour de soi qu’on a survécu à de plus en plus de gens, qui sont partis avant nous. Il y en aura de plus en plus, d’ailleurs.

J’aime bien un peu plomber les belles journées d’été, c’est un de mes petits plaisirs mutins.

Sur un autre plan, il n’est pas vrai qu’on devienne “de droite” avec l’âge. Bien sûr ça arrive, et à beaucoup de personnes, mais je tend à penser que les gens qui deviennent de droite en prenant de la bouteille avaient tendance à l’être déjà auparavant. L’idéologie servait simplement à camoufler l’évidence de la réalité. L’exemple le plus frappant étant bien entendu celles et ceux qui sont passés de Mai 68 au libéralisme le plus effréné, mais une simple observation montre qu’au fond ils n’ont pas tant changés. Individualisme hédoniste, rejet de la collectivité, hostilité envers l’Etat, primat de l’immédiat sur le terme, les germes étaient déjà présents, il a juste suffit qu’avec l’âge vienne la conscience de son intérêt de classe, voilà tout. En fait on ne devient de droite en vieillissant qu’à partir du moment où on a plus une lecture “matérialiste” au sens politique, ce qui se traduit en général par l’expression “quand on veut, on peut”. En oubliant que la phrase entière, ça serait “Quand on veut et qu’on en a les moyens financiers, on peut”.  L’oubli plus ou moins volontaire du poids de l’argent sur les vies, c’est en fait ce qui signale le mieux un habitus de droite.

On ne change pas nécessairement d’idées, en revanche elles peuvent se durcir, oui. On a tendance à devenir expéditif, du fait qu’on a moins de temps à gaspiller en longues discussions et en ergotages. Et ça devient un effort de penser le monde en complexité. Effort pourtant nécessaire, si on veut éviter d’entrer trop vite dans la case vieux con, case dans laquelle on entrera de toute façon d’une manière ou d’une autre. Pour moi je n’espère qu’une seule chose, c’est de ne pas subir ce pénible et embarrassant retour d’âge qui consiste à courir après une jeunesse enfuie et draguer des gamines qui pourraient être mes filles. Je dois avouer que voir des rogatons quadras/quinquas faire assaut de ronds de jambes et s’exciter sur des jouvencelles de 20 années me plonge dans une violente angoisse. Si je deviens comme ça, je vous donne l’autorisation de me lapider à coups de figues molles, et je compte sur mon sens du ridicule pour éviter de finir comme ces dégoûtants.

En fait c’est ça l’idée : désormais, je vais travailler à ne surtout pas devenir un vieux beau mais d’abord à devenir ce but noble entre tous : un beau vieux. Voilà de quoi m’occuper encore quelques belles années.

 

 

Misanthropie raisonnable

« Mais toi tu n’aime pas les gens »

J’ai entendu ça tellement souvent et d’autant plus souvent qu’il faut bien l’avouer : c’est vrai. Je l’avoue et le confesse, je porte un regard dur sur mon prochain et j’ai le fâcheuse – et délicieuse – tendance à ne rien lui passer. Je « n’aime » pas les gens alors qu’il paraît que quand on est « de gauche » il faudrait les aimer. Il faudrait ? Et pourquoi donc, au fait ?

Les gens : cette masse indistincte d’individus qui nous font le front quotidien d’oser ne pas être rigoureusement comme nous. Autant dire : la plaie. Ou, plus finement : les masses d’individus qui ne partagent pas nos coutumes, références et surtout valeurs, et qui non seulement ne semblent pas honteux par tant d’insolence mais continuent de vaquer autour de nous comme si de rien n’était alors que rendez-vous compte, ils ne sont pas comme nous ! Les gens en somme c’est tout ce qui est hors relations immédiates, famille, amis, potes, affinités politiques, religieuses, ce qui est hors notre cercle plus ou moins étendu, donc. Ça fait quand même 7 milliards de gens, à peu près. C’est carrément beaucoup. Qu’on demande de les reconnaître et de respecter leur existence est déjà une chose, il y a objectivement un paquet de cons là-dedans, mais en plus les aimer ? Ça devient carrément du boulot.

Mais la vie n’offrant sans doute pas assez d’occasions de trimbaler effroyables fardeaux et occasions de se lamenter en cette cruelle vallée de larmes, j’ai en plus choisi, fou que je suis, de charger encore la pauvre mule harassée de mon humble vie et de devenir de gauche. Genre on est pas assez emmerdés comme ça, là on cherche carrément les problèmes. Ce n’est pas qu’être de droite offre automatiquement un totem d’immunité contre la mort, la maladie, la solitude ou les achats irresponsables sur Amazon, c’est juste qu’être de droite c’est plus facile vu qu’on accepte le monde tel qu’il est et que personne ne vous demande de les aimer, ces satanés gens, à la fin. Las : quand on est de gauche, il paraitrait donc qu’aimer les gens serait en quelque sorte obligatoire. Ne devenez pas de gauche, croyez-moi, c’est vraiment trop fatiguant. Quand on est de gauche, il faut donc avoir un élan d’affection et même disons-le : d’amour envers son prochain, si con, malfaisant et tordu soit-il. Comment ça j’exagère ? Comme si c’était mon genre. Disons se sentir en quelque communion universelle car étant tous égaux nous sommes de facto tous frères et sœurs quelque part je veux dire. Rien qu’écrire ces lignes m’épuise.

Parce que oui en effet, je suis de gauche et je n’aime pas « les gens ». Et je ne me sens nulle obligation de le faire.

J’aggrave même mon cas avec délices : oui ça m’emmerde de vivre dans un pays où des demeurés trouvent que Cyril Hanouna est un mec génial et super drôle, où le sport préféré des français c’est des enfants capricieux à QI négatifs qui courent après un ballon et où la télé réalité existe. Vu que sa simple existence à cette merde est déjà un affront civilisationnel en soi, à la fin. Oui, ça me fait chier de discuter de la météo autour de la machine à café, de constater que tenter de parler des relations hommes-femmes avec des hommes tourne systématiquement à la conclusion « Putaing les gonzesseuh elles song compliquées hein » – je vis dans un bled du sud-ouest à forte connotation cassoulet -, ça me fait chier de voir que des veaux trouvent que Dieudonné et Soral c’est « pertinent », de voir des gens perdus dans le trou du cul de la France profonde voter FN alors qu’ils n’ont jamais vu un seul arabe de leur vie, et que François Fillon et Bertrand Cantat entre tellement d’autres ne soient pas dans leur seule place légitime : en taule.

Je suis de gauche, je « n’aime pas les gens » et vous savez quoi ? Ça n’a absolument aucune importance. Politiquement parlant.

Parce que en politique on ne raisonne pas en terme d’aimer ou pas autrui. Attendez, en politique de gauche, il faut préciser, certes. Donc en politique DE GAUCHE, on s’en fout que je n’aime pas les gens, et moi-même je m’en fous de ma propre opinion là-dessus, et là ils se demandent tous ouhla mais quelle virevolte dialectique, calme tes chevaux fougueux mon garçon et la seule chose que tu as en commun avec Michel Foucault c’est la coupe de veuch, pas la vista du concept.

Qu’on aime ou pas les gens on s’en fout parce que c’est sans importance au plan politique. C’est une opinion individuelle et si moi, en tant qu’individu, mon prochain a souvent tendance à me fatiguer, ce qui compte surtout au plan politique oui j’insiste ce n’est pas ce qui nous sépare, c’est ce qui nous unit. Et en l’espèce, ce qui nous unit le mieux c’est notre destin de classe. À mon niveau, même en ayant lu des gros livres sans images et en sachant qui est Kierkegaard, les faits sont têtus et la feuille de paie est factuelle : je fais partie du prolétariat. D’une manière générale, votre appartenance sociale sera d’abord définie par votre degré d’imposition, pas vos goûts culturels, pas vos préférences sexuelles, pas vos aspirations intellectuelles ou sociales : par ce que vous gagnez en pognon et la nature de votre place dans les moyens de production. La plupart de ceux qui me lisent, désolé de vous l’apprendre, malgré vos Stan Smith et votre abonnement à Télérama : vous êtes des prolos. Au mieux des aspirants à la partie inférieure de la classe moyenne, peut-être plus rarement aux classes moyennes relativement sécurisées quant à leur devenir financier, mais pour l’essentiel : des prolos.

Et politiquement, ce qui compte ce n’est pas les préférences de tel ou telle, ou qu’on aime ou pas les gens. Ce qui compte c’est la communauté de destin, qui ici est clairement une convergence d’intérêts de classe.

Un exemple concret : la Sécurité sociale, cette admirable invention : dans une société qui se dirige de plus en plus vers le démantèlement de la Sécu, la ligne de partage est déjà entre ceux qui pourront se payer une assurance privée de qualité, et les autres. La question à se poser est donc : de quel côté de cette ligne vous situez vous ?

C’est plus clair comme ça, hein ?

Partant, défendre l’accès à la Sécurité sociale gratuite pour tous relève à la fois de mon intérêt individuel le plus immédiat, d’un intérêt collectif de santé publique, et d’un intérêt politique de préservation et approfondissement des droits sociaux. Et si on défend la Sécu, on la défend pour tout le monde, sans distinction. Qu’on aime les gens ou pas. Parce qu’il y aura forcément des individus qui m’exaspèrent et que j’abomine qui vont en bénéficier, de la Sécu, pour soigner leurs bobos de cons et prolonger leurs vies d’abrutis ! Et tant mieux qu’on n’ait pas à choisir individuellement qui aurait droit ou pas.

Et c’est valable pour la Sécu comme pour le reste. Personne ne vous demande d’aimer tout le monde. Même en étant de gauche. Puisque ce qui compte d’abord c’est la conscience de la communauté de destin de classe que vous partagez. On peut donc lutter aux côtés, avec, et pour, des gens qu’on « aime » pas, parce que la politique de gauche, ce n’est pas un élan d’amour woodstockien et complètement fou et on va se tenir la main pour faire une farandole, mais lâchez moi la main monsieur je ne vous connaît pas ! C’est prendre des décisions qui vont intéresser le collectif de la Cité et pour le reste, ben c’est à soi de gérer ses petites inimitiés.

Et puis c’est très bien au final, que des cons soient en bonne santé et vivent longtemps. Ça me fait plus de gens à détester.

 

 

L’éléphant dans la pièce

L’éléphant dans la pièce, il est au centre, tout le monde le voit, tout le monde sait qu’il est là, on est obligé de le contourner sans cesse parce qu’il est impossible de l’ignorer, mais personne n’en parle. Personne ne fait mine de le remarquer, et tout le monde est tacitement d’accord pour faire comme si il n’était pas là.

L’éléphant dans la pièce de gauche, c’est que cette unité que tout le monde proclame et appelle de ses voeux dans de vibrants trémolos, personne n’en veut réellement et que cette absence d’unité arrange absolument tout le monde.

Ceci est un billet en mode : la politique c’est méchant, le monde est cruel, les gens ne sont pas gentils. Il est encore temps de descendre avant de continuer, mais au moins je vous aurai prévenus.

L’unité à gauche, ou plutôt l’unité de la gauche de gauche j’en entend parler depuis 2005, les comités antilibéraux pour ceux qui s’en souviennent. C’était très bien ces comités d’ailleurs, ils ont été une matrice militante et intellectuelle intéressante. Mais déjà à l’époque on appelait à “l’unité” alors qu’il était absolument limpide que ça ne se ferait pas, parce que : personne ne voulait, et ne veut toujours, la faire, cette satanée “unité”.

L’idée est belle, sans nulle doute : un front commun de touts partis, associations, syndicats et mouvements sous un même étendard antilibéral. Mazette. Voilà qui aurait du panache et permettrait, en théorie du moins, de porter force coups et ripostes surtout en ces temps de promesses d’austérité et de casse méthodique des droits sociaux. Mais voilà : ça n’arrivera pas, et dans les appareils des “orgas” en question, tout le monde le sait. L’éléphant dans la pièce. On jure ses grands dieux qu’il n’est pas là et que jamais éléphant n’a été dans cette pièce là, tout en se contorsionnant pis que gymnaste chinoise pour ne surtout pas le frôler.

Et pourtant, à la réflexion, c’est logique. Oui, c’est logique que tant de gens ne veulent pas la faire, cette unité : qu’auraient-ils à y gagner ? Le député-maire PCF, réélu sur ses terres depuis l’aube des temps, qui connaît son coin mieux que sa poche, quel intérêt aurait-il à se désister pour une candidature “unitaire de gauche” ? Il a tout à y perdre. Sans compter que du coup le PCF ne touchera plus les aides publiques grâce à ses élus. Les tripotées d’opportunistes qui grenouillent dans les milieux de gauche et qu’on reconnait à leur grande gueule et leur art consommé d’être toujours d’accord avec le dernier qui a parlé, qu’auraient-il à y gagner ? Ils ne pourraient plus capter la lumière dont ils ont tant besoin. Sans parler des habituelles chicaneries idéologiques, notre camp s’étant désormais fait une spécialité de s’entretuer pour des virgules et de considérer que jamais rien n’est trop ceci ou pas assez cela. Des trotskystes, des PCF, des gauche du PS, des alters, des syndicalistes ensemble, c’est joli sur la photo, mais objectivement, disons la vérité crue : ils n’ont ni les mêmes objectifs ni les mêmes intérêts. En fait l’unité est impossible du fait de divergences politiques bien trop profondes, de rancœurs jamais résolues, et aussi du fléau de l’individualisme contemporain qui a pourri jusque dans nos milieux.

C’est pour ça que ça me fait bien rigoler, les protestations vertueuses qui se dressent parce que la France Insoumise de Cherlider Janluk impose de se rallier à son panache blanc. Ouhlala, très très méchante la France Insoumise, très très sectaire, pas unitaire pour un cachou, tiens allons pleurer dans les colonnes de Médiapart et Libé pour dénoncer ce crime de non-unitarisme.

Mouais.

Et si tout simplement la FI avait pigé que l’éléphant était là ?

Et du coup en aurait tiré actes et conséquences en posant un truc que le gauchiste n’aime pas trop mais à un moment c’est inévitable, et ce truc s’appelle : la réalité ?

Et la réalité c’est un chiffre : 19%. Score de Janluk aux présidentielles, et vous pourrez protester, véhémenter, vous griffer le visage et vous couvrir de cendres, la réalité du rapport de forces elle est là et pas ailleurs.

(J’aime bien imaginer les grincements de dents que ce genre d’assertion va inévitablement provoquer. Je suis d’humeur très taquine en ce moment).

Ben quoi ? Vous auriez préféré que ce soit Hamon qui fasse la même démarche si son score avait été le même ? Mais là aussi je suis mutin : je sais que beaucoup auraient préféré et de loin rallier le candidat socialiste et que si celui-ci avait imposé les mêmes choses de la même façon, ils auraient été beaucoup moins nombreux à y redire. Ah la la, ces classes moyennes, on vous connait va. Et bien pas de bol, c’est Janluk et c’est comme ça. Mh ? C’est pas ? “Démocratique”. Mouarf. Je ne sais même pas si je dois répondre à ce genre d’argument. Et bien encore heureux que ce n’est pas “démocratique” ! La “démocratie” à la gauche de la gauche, c’est tout le monde gueule, personne ne s’écoute et chacun tire la couverture à soi et rien ne se fait. La voilà votre “démocratie”. Et en plus vous savez que c’est vrai. Alors arrêtez à un moment. Et en plus, ce qui se passe en ce moment claque le museau de bien des gens qui rouspètent uniquement parce que ça ne valorise pas assez leurs égos dévorants, et cela est une belle et bonne chose, à la fin.

Après, je ne sais pas ce qui va se passer, comme tout le monde. Pour la FI, les législatives se feront dans un contexte particulièrement difficile, avec des triangulaires défavorables et des barons locaux accrochés comme moules à leur rocher. Il ne faut pas en attendre monts et merveilles, mais à la limite tant pis, puisque ce qui est important c’est la dynamique et la recomposition en cours du paysage politique. Qui à gauche, attention : opinion totalement subjective et assumée, va dans le bon sens.

Et ça faisait longtemps que ça n’était pas allé dans ce sens là, savez vous.