Trudeau

Gendre idéal. Ce sont les premiers mots qui viennent à l’esprit quand on voit les images de Justin Trudeau, nouveau et sémillant premier ministre du Canada, lequel avait bien besoin d’un vent de renouveau après l’étouffant mandat de Stephen Harper. Pour vous situer ce dernier, il perpétua cette habituelle tradition de droite conservatrice consistant en ce délicat mélange de sectarisme politique, de mépris absolu de tout ce qui ne lui ressemble pas et autres détournement d’argent public. La droite reste la même quelles que soient les latitudes, toujours bornée et partout égoïste, et on lui sait gré d’offrir de sains et robustes points de repères intangibles dans ce monde perpétuellement mouvant. Trudeau, par saisissant contraste est cool. Ou en tout cas, il nous est – remarquablement bien – vendu comme tel : cool. Un premier ministre ex-professeur de snowboard, voilà qui change des vieilles rascasses politicardes qui hantent les couloirs des assemblées. Enfin, cool, il convient d’être plus précis : il est, plus exactement, “postmoderne”, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

D’abord, qu’est-ce que “postmoderne” ? On pourra tenter une définition par cette sorte de politique très concernée par la mise en avant du sociétal et des droits des individus, tout en ne voyant guère au fond d’inconvénients au néolibéralisme. Si vous voulez une comparaison parlante, la chanteuse américaine Beyoncé est résolument postmoderne, de ce point de vue : se définissant comme féministe et prenant vigoureusement la défense des Noirs américains brutalisés, dans une démarche dont il n y a nul lieu de douter de la sincérité, ce positionnement politique lui sert en même temps de campagne de marketing d’une redoutable efficacité. Les convictions servent aussi à vendre des disques et des vêtements : “win-win situation”, donc. Même si les vêtements vendus sous la marque de la chanteuse sont eux fabriqués dans des sweatshops du Sri-Lanka par des ouvrières payées 4$ par jour ; autant pour le féminisme. Mais la postmodernité parvient très bien à cliver ces menues contradictions, c’est d’ailleurs un de ses symptômes : la main gauche des médias et de la fabrication de l’image fait oublier ce que la main droite du business fait en sourdine.

Ainsi, on a tous vu ces images de Justin Trudeau au premier rang de la Gay Pride de Toronto et de fait, quel puissant symbole : la première fois qu’un Premier Ministre canadien y participe, et on risque d’attendre encore longtemps qu’un Président de la République française ose la même chose. C’est qu’en France, il y a un électorat recroquevillé sur ses préjugés qu’il s’agit de ne pas froisser, n’est-ce pas. Et c’est vrai que ce sont des images fortes et belles qu’on a vues, aussi fortes et belles que le beau Justin accueillant avec le sourire des réfugiés syriens. Et là aussi, cruel, terriblement cruel contraste avec nous, avec ce gouvernement socialiste hypocrite qui ne se décide ni à garder les malheureux échoués sur nos côtes, ni à s’en débarrasser ailleurs, créant ainsi des poches de désespoir ne demandant qu’à exploser sous le regard gourmand et reconnaissant du FN qui n’en demandait pas tant. On en viendrait même à vouloir être annexés par le si sympa Canada, émerveillés qu’on puisse l’être par de si belles et fortes images.

En revanche, il y a un point sur lequel France et Canada peuvent très bien se rejoindre : la vente d’armement à l’Arabie saoudite. Ici, pas d’images. Mais bon, la signature de ventes de blindés pour 14 milliards de dollars, ça ne fait pas un joli tweet. Et puis ça ne fait rêver personne. Encore moins les yéménites qui risquent de voir d’un peu trop près les chars canadiens, mais qui s’intéresse à eux, franchement. Le postmoderne est décidément plein de paradoxes : premier politique de plan international dans une Gay Pride, d’un gouvernement qui vend des armes à des pays où l’homosexualité est condamnée comme crime. Mais pointer ça serait pire que chafouin : ce serait “pas cool”. On fait un selfie avec Justin ?

Postmoderne. D’un côté l’accueil de réfugiés, de l’autre le business qui en créera d’autres. D’un côté la Pride, de l’autre la signature de l’accord de libre-échange CETA avec l’Europe. Et même pas Tartuffe, Trudeau est certainement complètement sincère dans sa défense des minorités et sa volonté de donner asile aux Syriens. Comme dit plus haut, c’est précisément la marque de fabrique de la politique postmoderne : les droits des individus, et le business. Défendre les droits, c’est sympa cool et coloré, le business c’est ennuyeux et c’est terne. On comptera donc sur le département marketing pour emballer tout ça dans un joli ruban rose et le vendre aux réseaux sociaux qui adorent qu’on leur raconte des histoires. Entendons nous bien, Trudeau n’est pas le premier, non plus que le dernier, à employer à outrance un storytelling ravageur qui vise à d’abord emporter les coeurs en laissant de côté les cerveaux ; en revanche, on est en droit d’avoir un plissement un peu écœuré à la commissure des lèvres en constatant que le marketing a entièrement phagocyté le politique. Et que ce qu’on nous vend comme de la gauche est en définitive du centre-droit. C’est pas qu’on soit bégueule. C’est juste qu’au bout d’un moment c’est agaçant.

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : évidemment que le geste d’accueillir 25 000 réfugiés est magnifique et leur a littéralement sauvé la vie. Evidemment que l’extension des droits LGBT ne peut être qu’une bonne chose. Nul ici ne le nie. Ce qui est déplaisant, c’est de voir cette politique de courte vue basée avant tout sur ce qui se passe chez soi – et devant des caméras de préférence – en occultant soigneusement les à côtés les plus douteux du moment qu’ils se passent en catimini et surtout : loin des images. Realpolitik  d’un côté, petit coeur avec les doigts de l’autre : le politique postmoderne a de fait parfaitement compris son époque, où n’existe que ce qui est visuel et où la réalité se construit et se déconstruit avec des hashtags. Sans doute que ça a toujours existé, et Alexandre de Macédoine pour n’en citer qu’un des plus illustres savait se mettre en scène quand il s’agissait de vanter ses propres mérites. Or, nous ne sommes plus à l’époque antique, et on pourrait espérer, en vain semble t-il, que le public éduqué du 21ème siècle soit plus difficile quand aux prestations de nos acteurs politiques.

Mais vous savez ce que c’est : les gens sont des enfants, au fond, et ils adorent qu’on leur raconte des histoires.

 

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2 Thoughts.

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