‘Murica

Nul besoin d’être passionné d’avionique pour être fasciné par l’histoire désastreuse du F35 américain, ce fameux chasseur bombardier nouvelle génération, constamment promis par le Département de la Défense US et véritable catastrophe industrielle au coût hors de tout contrôle, qui est devenu le symbole de tous les dysfonctionnements de l’Amérique. Et explique en filigrane pourquoi quel que soit le candidat élu le 8 novembre, il ou elle n’aura d’autre choix que de mener la politique la plus guerrière et agressive possible.

Projet de super avion de combat développé depuis 1996, en partenariat intégré avec 10 pays de l’OTAN, le F35 semblait bardé de toutes les promesses : chasseur bombardier furtif, permettant le décollage vertical, il allait rendre obsolète tout le parc avionique militaire non seulement des Etats-Unis mais du reste du monde, rien moins. Il était présenté en fanfare comme la cinquième génération d’avions de combat qui allait changer le visage de la guerre et installer la domination aérienne occidentale pour des générations. 20 ans plus tard, le constat est accablant : le F35 n’a fait qu’accumuler les problèmes et les retards, et à ce jour est unanimement décrié comme appareil au mieux trop lourd et peu fiable, au pire dangereux certes…mais surtout pour ses pilotes. Et pourtant, le développement et la production de ce Frankenstein se poursuit, année après année, bien qu’étant responsable à lui tout seul d’avoir sérieusement plombé toute l’administration Obama en l’empêchant de disposer des budgets nécessaires à ses propres projets. Cette histoire complètement folle a été très bien étudiée dans le numéro 3 de l’excellent et hélas disparu magazine humanoïde, disponible ici.

Le coût total du F35, recherche, développement, production et maintenance, est estimé à 1500 milliards de dollars.

Pourquoi avoir continué cette folie ? Qui plus est alors que dès 2008, les Etats-Unis étaient plongés dans une effroyable crise bancaire qui a presque détruit leur économie ? Tout simplement parce que la seule chose que le F35 arrivait à fournir, ce sont des emplois. 145 000 personnes vivaient et vivent toujours pour l’essentiel grâce à ce programme. Autant dire que dans une période de grave récession, ça peut peser lourd dans des élections, et les élus des Etats dans lesquels étaient domiciliés les fabricants et sous-traitants du F35 se sont battus avec acharnement pour que le programme soit toujours financé et ce coûte que coûte. Et dans le complexe militaro-industriel américain, les 3 principaux constructeurs aéronautiques sont Boeing, Northtrop Grumman, et Lockeed Martin. Ce dernier étant en charge ô surprise : du développement du F35.

Partant, la conclusion va de soi. Si Trump est élu, il fera la guerre. Si Clinton est élue, elle fera la guerre. Même si ils n’en ont pas particulièrement envie. De toutes façons ils seront obligés de le faire pour faire tourner la machine. Et aucun des deux ne remet en question ce fonctionnement, puisque c’est très simple : aucun des deux n’a nulle envie de le faire. Partant, débattre avec acharnement duquel est le plus faucon des deux et lequel déclenchera des guerres quelque part dans le monde n’a pas grand sens, ils le feront tous deux quoi qu’il arrive.

Depuis 1996, année de lancement du programme d’avion militaire multirôle, 1 million d’américains sont morts parce que trop pauvres pour avoir une assurance santé.

Quel merveilleux pays, décidément.

Vis-à-vis des Etats-Unis, je suis comme beaucoup de gens : j’entretiens un rapport de fascination-répulsion ambivalent, stupéfait par les réalisations objectives d’un pays capable de tout, et même parfois du meilleur, et écœuré par son impérialisme d’une brutalité sans équivalent. Tout en ne mettant évidemment pas chaque américain à titre individuel dans cette répugnance, ce serait absurde, aussi absurde que de détester chaque russe en tant qu’individu à cause des guerres de Tchétchénie ou chaque musulman pour les exactions des Djihadistes. Il faut savoir faire la part des choses, ce que de moins en moins de gens semblent pouvoir faire, y compris parmi les politiques.

Toutefois, le constat est là : le facteur de déstabilisation mondial le plus violent et le plus intrusif actuellement existant, ce sont bel et bien les Etats-Unis d’Amérique. Et ce n’est nullement un membre de la secte pro-Poutine qui s’exprime ici (au stade de fanatisme de certains pro-russes y compris en France, on peut clairement parler de secte, et d’une rare agressivité maniaque), il ne s’agit que d’une réalité observable et objective. Les Etats-Unis sont pour ainsi dire condamnés, en quelque sorte, à foutre le bordel à un échelon planétaire parce que leur survie en tant que nation, sur tous les plans, économique, militaire, culturel etc., en dépend.

Encore une fois, je n’ai rien contre les américains en tant qu’individus. Je me prends toutefois à rêver parfois que si, un matin, les USA disparaissaient comme par magie, un moment ils sont là, un autre ils ont été téléportés dans une autre dimension, il est fort probable que le monde serait sans doute nettement moins instable.

 

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