Artefact

Il faut revenir sur le phénomène Macron, qui je crois n’a pas de comparaison avec ce qui a précédé dans la politique française. Non pas que Emmanuel Macron possède quelque intérêt en soi, en tant qu’individu il n’en a strictement aucun, et nous verrons plus loin que c’est précisément ce qui explique une partie de son actuel succès.

Ma théorie en effet est que Macron n’existe pas. Il existe bien une entité biologique, vivante et agissante et qui occupe un volume dans l’espace et le temps, qui est dénommée Emmanuel Macron ; mais au final cette forme Macron n’a que peu d’importance. La forme qui nous intéresse, celle politique, n’est que vide, communication et marketing, et n’est entièrement qu’une construction de la banque et des médias. Peut-être pour le première fois un pur produit marketing vendu seulement par l’emballage va accéder aux plus hautes fonctions et on conviendra que c’est prodige. Et tellement logique avec l’époque.

Certes, il y a eu des précédents, ou en tout cas des similitudes, on a pas manqué de le comparer à Balladur, autre baudruche gonflée à l’hélium médiatique à l’époque, ou à Giscard, pour le côté dynamique et ancré dans sa modernité. Or, si il y a des points communs, assurément, ceux ci ne sont que de ressemblance. Balladur au moment de sa campagne présidentielle de 1995 avait déjà une longue carrière politique derrière lui, et avait été élu député. Giscard quant à lui s’était frotté au plus cruel réel, dans la Résistance en 1944 puis dans l’Armée de libération française dont il sortira décoré. Quoi qu’on pense de ces deux là, j’en pense pour ma part très peu de bien, politiquement parlant, ils ne sortaient certes pas de nulle part et avaient une densité de vécu incontestable. Rien de cela chez Macron. Parcours ultra classique de fils de bourgeois, jésuites, Louis Le Grand, ENA, inspection des finances, banque, un parcours de premier de la classe sans relief ni accident, lisse comme un galet. Pas de drame qui forge le caractère, pas de remise en question qui fait prendre conscience du tragique, pas trace d’une originalité de caractère ou de fantaisie : un simple et pur produit de la domination comme tant d’autres, moulé comme un petit suisse dans les écoles où le libéralisme est aussi évident que l’air qu’on respire.

Macron sait d’ailleurs qu’il a soigneusement intérêt à ne pas trop se frotter à d’autres réalités que ces cercles de réseaux et d’adorateurs transis : dès qu’il en sort pour aller à la rencontre de la populace, cela finit immanquablement en désastre. Jamais élu, n’ayant jamais pratiqué le terrain politique, il est une personnification de la poule devant un couteau quand il faut parler à d’autres gens que ceux de sa caste. D’où d’ailleurs la création de En Marche, sa scientologie à usage personnel, qui lui permet de rester bien au chaud dans un monde qu’il comprend, maîtrise et surtout : contrôle. Et ça aussi c’est parlant quant à l’époque : on peut monter une campagne politique à succès en 2017 en allant le moins possible au contact de la population et des électeurs et en déléguant sa propre représentation aux médias et aux réseaux sociaux.

Mais tout cela n’explique pas, pas complètement le mystère Macron : pourquoi ça marche aussi bien, Macron ? Comment un type sorti du néant politique risque t-il bel et bien d’être élu président e la République ? Son programme est d’un flou soigneusement entretenu – même si on sait déjà que ce n’est que le néolibéralisme habituel si on ose dire –, son discours est un galimatias technocratique qui fait plisser les yeux quand on cherche à en comprendre le sens, en lui même il n’a rien de spécialement flamboyant et pas une seule de ces idées n’indique un esprit de changement, de rupture, et encore moins de nouveauté. Donc, à la fin, pourquoi ?

Ça tient en un seul mot. Dépolitisation.

Le succès de Macron est le résultat direct de décennies de dépolitisation de la société française, de cette « politique de la dépolitisation » comme disait Bourdieu, qui a complètement asséché les esprits et a érodé tout esprit critique et tout référentiel collectif. La dépolitisation a crée du vide, et la nature politique a horreur du vide. Et Macron est le produit parfait pour remplir ce vide généralisé, puisque lui même est vide. Tellement vide qu’est là le cœur de son succès, tout le monde peut projeter sur lui ce qu’il espère et attend. Et cela, Macron le sait parfaitement et l’utilise à merveille, il sait que c’est son intérêt premier d’être le plus vide possible, puisque ce sont les autres qui vont remplir cette forme en y projetant leurs désirs et leurs espérances. Il plaît des libéraux les plus acharnés, jusqu’à des pans entiers du corps enseignant : des profs qui veulent voter Macron, on conviendra qu’il s’agit là d’une étrange nouvelle espèce. On peut se demander d’ailleurs la tête qu’ils feront quand la moitié de leurs congés sauteront et qu’ils seront mis en concurrence libre et non faussée avec leurs collègues. Mais voilà : Macron plait parce qu’il est vide. Et il sait qu’il est vide et ça ne lui pose absolument aucun problème. Même en cherchant dans la vie de l’individu Emmanuel Macron, on ne trouve trace de passions, d’élans, de quelque chose qui tranche, d’une faille, que sais-je. Il va à la plage en été, à la neige en hiver, il porte des costumes bleus parce que dans ses milieux les costumes doivent être bleus et si ils étaient fuchsia il porterait du fuchsia sur mesure. Mélenchon par exemple aime les livres à la passion, Fillon est passionné de sport automobile, Marine Le Pen fait de l’équitation, ces gens ont des passions qui les structurent et les font se sentir plus qu’eux mêmes, ça sert à ça les passions. Macron, rien. Ou plutôt si, il en a une : Emmanuel Macron est absolument passionné par Emmanuel Macron. Vide, ambitieux, et narcissique.

C’est en ce sens qu’Emmanuel Macron n’existe pas. Macron est un artefact au sens premier du terme, un phénomène crée de toutes pièces par des conditions expérimentales. La rencontre d’un élément de la bourgeoisie, du marketing, des médias et des intérêts de la bourgeoisie d’affaires. Macron plaît parce qu’à ce stade il ne symbolise même plus l’époque : il est l’époque. Il l’incarne dans une sorte de perfection.

Macron c’est comme un Iphone. C’est joli à l’oeil, plaisant au toucher, ça a piqué toutes les idées des autres, c’est un système complètement clos sur lui même, ça a toutes sortes de défauts pénibles et c’est défendu bec et ongles par des cohortes de fanatisés parce que ça leur apporte l’idée qu’ils aiment se faire d’eux mêmes.

Et comme un Iphone, ça va nous coûter très très cher.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Produit d’appel

On ne peut rien comprendre au racisme en 2017 si on ne le relie pas à la période. Ici, on aura pas la prétention de réinventer la roue : les idées, toutes les idées, ne flottent pas dans des azurs pour soudain se mettre à tomber dans les têtes par une sorte de magie : elles existent par rapport aux conditions sociohistoriques qui les créent. Et elles évoluent en fonction des contextes, des mouvements tectoniques des plaques politiques, elles sont reliées à une matérialité donnée et vivent, ou déclinent, en fonction d’elle. Ainsi, le racisme de 2017 n’est pas celui des années 30. Dont on oublie d’ailleurs a quel point il était largement répandu et accepté et ce dans tous les pays occidentaux et dans toutes les couches de la population. Le noir était “naturellement” vu comme grand enfant distrayant, et l’antisémitisme avait pignon sur rue et pouvait s’exprimer à voix haute sans que cela choque outre mesure. On en est plus là, contrairement à ce que certains simplets affirment, et il faut une large dose d’inculture et/ou de bêtise plus ou moins intéressée – les deux ensemble n’étant nullement incompatibles – pour affirmer que nous sommes dans un remake de cette période.

Et donc pourquoi après la décolonisation, la reconnaissance de la Shoah, la traite négrière désormais crime contre l’humanité et en attendant que le colonialisme soit reconnu comme tel, pourquoi après tant d’événements ayant fait passer le racisme d’opinion allant parfaitement de soi à délit dont l’expression est légitimement condamnée, pourquoi le racisme resurgit-il ces dernières années, sous ces formes anciennes et sous de nouvelles ? Et d’où vient ses succès aussi fulgurants qu’inquiétants ?

Il y a une base matérialiste et politique à ce succès, évidemment. Le néolibéralisme et sa mondialisation brutale ayant jeté à la poubelle des pans entiers de population, le plus facile est toujours de s’en prendre à celui “d’en bas” surtout si il n’a pas la bonne couleur, qu’à ceux “d’en haut”, surtout quand ils possèdent les moyens médiatiques de s’innocenter de toute responsabilité. Ce sont des braises sur lesquelles il n’est que trop facile de souffler, le FN et les identitaires en font leur fond de commerce, comme on dit.

Et voilà précisément la clé qui manquait. Le fond de commerce.

Le racisme en société néolibérale est devenu un produit commercial. Comme un autre. On peut littéralement faire fortune grâce à la vente de ce produit et il existe désormais toute une économie dépendante de cette ressource. Editeurs et producteurs télé peuvent se faire un beurre terrible, en vendant des livres et des émissions de télévision contenant plus ou moins de vrai racisme. Comme les yaourts avec des vrais morceaux de fruits dedans. Pareil, vous dis-je. Des gens pourtant d’une rare médiocrité et intellectuelle et humaine ne doivent leur notoriété qu’à la vente en gros et en détail du produit racisme, décliné sous toutes les formes et tous les supports. Mieux encore, les VRP les plus acharnés et enthousiastes de ce produit sont eux même devenus…des produits. Zemmour est un produit commercial qu’on va placer en tête de gondole médiatique pour lui assurer la meilleure exposition et les bénéfices les plus larges. Soral est un produit qui vend également les produits dérivés du racisme, livres, stages de survie, etc. Dieudonné est carrément une entreprise commerciale à lui tout seul qui a organisé tout un système macroéconomique autour de son antisémitisme rabique. Le racisme est une marchandise presque, PRESQUE comme les autres. Et ce presque est évidemment déterminant.

C’est également ce qu’a parfaitement compris l’Alt-Right américaine, avec son repacking des idées les plus xénophobes et conservatrices en mouvement proto-punk, et son marketing agressif via Internet. Ces gens ont un produit à vendre, et ils appliquent les règles de la publicité et de la vente. C’est aussi simple que ça. On ne peut pas penser et comprendre le racisme dans les années 2010 sans intégrer cette dimension. Dimension parfaitement cohérente et logique dans le projet néolibéral puisque y trouvant toute sa place. Le néolibéralisme étant par définition un cousin immédiat du fascisme, l’alliance commerciale de ces deux là allait comme qui dirait naturellement de soi. On vend, on nous vend, les moyens de notre propre aliénation. Il ne suffit pas de déstabiliser économiquement les démocraties : il faut encore leur vendre ce qui les corrompt de l’intérieur.

D’où la difficulté politique à lutter contre le racisme : puisqu’il est devenu un produit commercial qui fait les fortunes et les renommées, des acteurs économiques de poids n’ont aucun intérêt à l’antiracisme. Celui ci ne vend rien et ne fait pas vendre, il est donc un investissement nul. Et pour eux nulle idéologie là dedans, ils le vendent comme du dentifrice ou des fauteuils.

Stade suprême de la “rationalité” libérale, qui préfère le fascisme qui fait vendre au progressisme qui rebute l’acheteur.

 

Les sentiments et la morale Vs la politique

C’est la merde les enfants, ne nous voilons pas la face. Le fond de l’air sent la charogne, et désormais on en est plus à se demander “si” le Front National arrivera au pouvoir, mais : quand. Dans 2 mois. Ou en 2022, ou même avant. Mais inutile de continuer à se voiler la face, il y parviendra, ou alors si on tient vraiment à se rassurer, la dynamique à l’oeuvre est telle, le risque est tellement réel, qu’il faut déjà se préparer à cette lourde éventualité.

Nous n’allons pas vers le meilleur et ça fait longtemps qu’on l’a compris. Mais là, ça commence vraiment à se voir.

Mais ce n’est pas une raison pour raconter n’importe quoi. Comme par exemple : ce texte. Ce n’est pas ce que j’ai pu lire de plus stupide cette semaine, étant obligé pour raisons professionnelles à lire de stupéfiantes quantités d’imbécillités. Mais c’est néanmoins l’une des choses les plus stupides que j’ai lu cette semaine. Le titre, déjà. “Ce n’est pas le Front national qu’il faut diaboliser, ce sont ses électeurs”. I mean, why not both ? Parce qu’on parle tout de même d’une organisation politique fasciste, raciste, et xénophobe. On serait donc légitimement en droit de la diaboliser ou plutôt de le rediaboliser d’urgence, mais bon, ses électeurs, donc. Très bien. Et comment donc d’ailleurs ?

J’aimerais qu’une fois, une seule fois, un responsable politique vienne dire à l’électeur du Front national tout le dégoût qu’il lui inspire. Qu’il lui dise, les yeux dans les yeux, avec toute l’éloquence dont il est parfois capable, que non seulement il se fourvoie en votant de la sorte mais qu’il commet un crime de haute-trahison, une de ses petites lâchetés dont ses enfants et petits-enfants continueront d’avoir honte longtemps après sa disparition.

Là, désolé, mais j’ai éclaté de rire. Un vrai rire, avec la bouche ouverte en faisant ah ah ah. Des gens croient donc vraiment que ça puisse avoir le moindre effet sur un quidam lambda ?

Et ça continue en plus.

Il est grand temps de mettre cet angelot devant ses responsabilités, d’en revenir à des notions aussi désuètes mais aussi essentielles que celles du bien et du mal, abandonner le terrain du sentiment pour celui de la morale

La morale. La morale en politique en 2017. Ah ah ah. Mec, soyons un peu sérieux. Le candidat de la droite (corrompue) vient hier de maintenir sa candidature alors qu’il est à deux doigt de visiter Fleury-Mérogis. Autant te dire que le personnel politique il s’en bat les steaks de la “morale” et de la plus élémentaire décence. Quand ceux “d’en haut” ne montrent pas l’exemple, espérer que ceux “d’en bas” vont suivre est allez on va dire d’une désarmante candeur.

“Il faut tendre à cet électeur-là le miroir de sa propre abjection afin de l’empêcher de commettre l’irréparable”

Oui c’est sûr, choper les gens par le colbak en les traitant de salopards et de fumiers, c’est sûr que ça va les faire changer d’avis. C’est comme ça que ça marche. Fin psychologue, ce garçon décidément.

“il faut arriver à pénétrer au plus profond de son esprit afin de lui donner une dernière chance de se ressaisir”

Ce paternalisme est délicieux. ATTENTION, DERNIÈRE CHANCE ! Et si il ne la saisit pas il se passera…quoi ? Une sanction, on le met au coin, quoi ?

“il faut parvenir à ce que sa conscience s’extraie de sa boue nationaliste, de sa folie identitaire, de sa tentation totalitaire et, effrayée de sa propre folie, retrouve in extremis le chemin de la raison”

Ok mais c’est quoi, la raison en question ? Je veux dire, tout ça est fort bel et bon et le racisme c’est mal, certes (et la guerre c’est méchant et le Sida ce n’est pas gentil), mais en terme d’offre politique raisonnable, on a quoi ? Macron Fillon et Hamon ? On parle de ces 3, là ? Wow. Ah ouais. Vend nous tellement du rêve.

“Peut-être cela ne servira-t-il à rien, peut-être est-il trop tard, peut-être que face à la pulsion suicidaire d’un peuple qui s’en va tête baissée affronter son terrible destin”

N’est décidément pas Malraux qui veut. Et définir le vote FN comme “suicidaire” est signe qu’on n’a décidément rien compris au film.

Alors moi je ne vais pas aller sur le terrain du “sentiment” et encore moins de la “morale”, mais sur celui bien plus intéressant et surtout plus efficace pour penser ces choses, celui de la politique. Parce que c’est la là grande confusion de cette crise de nerfs déguisée en tribune – mais Slate publie bien les hululements de l’idiot du village global Eric Le Boucher, c’est dire le niveau -, qui est de mélanger sentiments, morale, moralité, politique et gros doigt grondeur. Pas sages les électeurs, très très méchants. Vilains putrides que vous êtes. Arrêter d’être méchants sinon ! Sinon quoi ? Sinon rien. Ça fait maintenant des décennies qu’on leur agite un gros doigts sermonneur, aux électeurs FN, et rien n’y fait. Ça alors. Mais quelle surprise. En auraient-ils rien à foutre des sermons de dames patronnesses de la petite bourgeoisie qui commence vraiment à s’affoler parce que l’eau leur arrive à la taille sur le Titanic ? Une bonne partie de cet électorat vit depuis toujours dans les cales du rafiot et a de l’eau jusqu’aux narines. Ils prendront la première bouée qu’on leur tend. Même si celle ci est parfumée à la merde. Et même si celui – ou celle… – qui la leur tend exige en échange qu’on tape sur les pas blancs et qu’on serre la vis des libertés publiques. Quand on est en panique on ne pense pas à ces choses, ça s’appelle survivre. Et être dans l’urgence de la survie au quotidien en voyant tout partir en couille autour de soi, on en a rien à foutre de la “morale”.

En gros, en très très gros mais parfois il faut sacrifier la finesse pour être efficace : l’électorat FN se divise en deux parties. Le vrai socle réactionnaire français, raciste, xénophobe, les souchiens qui ne supportent rien d’autre qu’eux et ne changeront jamais. Ceux là on les connait, on les a cerné depuis longtemps, c’est une minorité mais très braillarde et qui n’entend rien à rien. Le traitement pour ceux là = la trique. La trique politique, intellectuelle, et médiatique également, c’est à dire arrêter de les inviter partout et tout le temps. Leur faire fermer leur gueule et que ces abrutis retournent à leur état naturel à savoir raser les murs. Et pour les plus excités, la trique pour de vrai. Y a que ça qui marche, y a que ça qu’ils comprennent. Ce sont des cons et seul le rapport de forces (au pluriel) les calmera.

Mais jamais le FN ne serait parvenu à ses scores actuels en ne comptant que sur eux. Il a donc bien fallu siphonner une vaste masse de gens pour ça et la mondialisation lui a offert sur un plateau un réservoir de désespérés et de perdus dans lequel puiser à larges mains. Quand l’usine de la région ferme, allez expliquer à ces gens que attention, voter FN ce n’est pas “moral”. Le mécanisme est connu : désigner ceux qui ont encore moins et surtout si ils sont bronzés pour promettre ensuite qu’on va tous les foutre dehors et qu’on va clore les frontières, et hop magie magie tout ira mieux et on sera fiers d’être entre nous. Et oui, il faut comprendre que ce discours puisse séduire et donner envie. La bouée, cf. au dessus.

L’électorat FN c’est l’alliance contre nature de classes antagonistes rassemblées dans la désignation de l’autre comme explication de tout ce qui va mal dans leurs vies. Comment sinon souder ensemble la bourgeoisie d’affaires et certaines des couches populaires les plus précarisées ou les plus désespérées vers un même objectif politique ? La xénophobie est ce ciment qui fait tenir ensemble ce mur qui nous fonce dessus. Filons la métaphore : la base de ce mur sont les classes populaires, sans elles il ne tient pas. Il ne s’agit donc pas de les remettre dans un “droit chemin” de petit bourgeois épouvanté, il s’agit de leur donner les moyens concrets de VIVRE. Vivre. Tout simplement.

Quant au racisme et à la xénophobie, vous voulez vraiment que sa propagation s’arrête ? Arrêtez de les inviter partout. Matin midi et soir, à la télé, à la radio, sur Internet, dans les journaux, des hurluberlus braillent à l’envahissement météquoïde. Depuis des années. Forcément au bout d’un moment ça tape dans les cerveaux.

Les sentiments et la morale tout le monde s’en carre. Si on veut contrecarrer le FN il faut arrêter, définitivement, de penser en ces termes, car justement : avec du sentiment et de la morale on ne pense pas. Et aussi paradoxal que cela puisse sembler comme affirmation, nous avons plus que jamais besoin de penser, de penser fort, et de penser vite. Très vite.