Derrière la tête

C’est une très mauvaise nouvelle que celle de la mort, par suicide, de Chester Bennington, chanteur de Linkin Park. D’abord bien sûr pour sa famille et ses proches et les fans du groupe. Mais une très mauvaise nouvelle aussi pour celles et ceux qui se débattent et se battent depuis des années après avoir subi une agression sexuelle. Le chanteur ayant été abusé et violé à l’âge de 7 ans par un ami de sa famille.

Bien sûr, les causes d’un suicide ne sont jamais univoques, et il en faut des raisons pour que quelqu’un en ait suffisamment assez pour passer outre l’instinct de survie et devenir suffisamment déterminé pour passer à l’acte. Ceci dit, comment ne pas voir, comment ne pas faire le lien avec le viol dans l’enfance, et le long combat contre les addictions et la dépression, jusqu’à l’acte sans retour ? Et ici évidemment, on parle de quelque chose qui me touche personnellement, au plus intime. J’en ai déjà parlé ailleurs et je ne m’étalerai donc pas, mais cette mort m’a porté un coup au moral, je l’avoue : on peut être connu, reconnu, établi dans son domaine, entouré, riche, père de famille et avoir toutes les raisons du monde de vivre, et pourtant les ombres finissent par être plus fortes et l’emporter. Et tout submerger. C’est terrible. C’est vraiment terrible et ça fait se poser toutes sortes de questions. De ces questions qui remuent tout au fond.

Entendons nous bien : mon histoire n’est pas celle de Chester Bennington, ni celle d’autres personnes ayant subi des agressions sexuelles, et en aucune façon je ne prétendrais parler au nom des autres. Je ne parle ici qu’en mon nom propre. Pourtant, par delà les vécus et les individus, il y a des marqueurs communs après un viol, et le combat contre les ombres est une rude bagarre. Ô combien. Une rude bagarre de tous les jours, parfois, même après des années de thérapie, même après avoir construit une vie. Même après que le trauma soit devenu souvenir et qu’on peut vivre sans être écrasé sous les ombres et la violence, c’est à dire : vivre, tout simplement, on reste avec cette conscience d’avoir traversé un enfer. Et du creux que ça crée avec “les autres”. On est avec eux, on vit avec eux, et en même temps, on sait tout au fond que la séparation est là, qu’on a traversé des choses dont ils n’auront jamais la moindre idée, et que si on peut en parler, si on peut même avoir un discours et du recul sur ce qui est arrivé, la séparation est là, et elle reste là. On est avec eux. Et en même temps on n’est jamais complètement relié. On vous a jeté hors du monde et il faut un travail absolument énorme pour s’y reconnecter, et même alors ça peut parfois être tellement difficile. Ce sentiment d’une séparation irréductible d’avec les autres, ce mur de verre entre soi et les gens, peut être absolument décourageant. Et heureusement qu’existent des rencontres avec des personnes qui écoutent et qui comprennent. Ce serait invivable sinon.

Parce que même après s’être battu comme un chien, pendant des années, même après avoir, enfin, laissé les ombres à leur place dans le passé et s’être libéré et allégé, même quand on se pense et qu’on a des bonnes raisons de se penser enfin à l’abri, apprendre la mort de Chester Bennington est un choc. Parce qu’elle ravive la question qui hante : et si les digues sautent ? Même si elle sont là et bien là, construites depuis des années et ce dont elles protègent n’est plus qu’un fantôme d’ombre, mais la question lancinante reviens : si lui, avec tout ce qu’il a accompli, alors moi ?…

Que se passe t-il si les digues sautent ?

Cette question accable.

Et même si elle accable, il faut pourtant continuer à avancer. On ne peut pas passer ses journées la tête entre les mains a retourner ce doute en tous sens, il faut continuer. Je crois qu’à un moment, il faut accepter que ce doute sera là et faire avec. Ne pas le fuir, ne pas le nier, et ne pas se laisser empoisonner la vie par lui non plus. Accepter la faille et tout faire pour la réparer, et vivre. C’est con, à dire comme ça, je le sais. Et en même temps, ce n’est pas con du tout, parce que je pense, je crois sincèrement, que c’est ce qu’il y a de mieux à faire. Et sans conseiller personne ni donner d’ordre, faites une thérapie, ça sauve. Littéralement.

Et puis dans ce combat, il n’est pas interdit d’y mettre du panache. “Et bien soit !”. Après tout, affronter les adversités fait aussi partie des plaisirs de la vie, si on y trouve de la stimulation. De préférence sans entrer en guerre contre le monde entier, et surtout ne plus se faire la guerre à soi-même, tout simplement.

So long, Chester.

 

 

 

 

“Check tes privilèges” ou le détail qui change tout

Avez-vous checké vos privilèges ? Comment ça non ? Pff, vous êtes à l’évidence des hommes blancs cishet validistes. Vous n’avez rien compris à ce que vous venez de lire ? C’est normal, je vais tout vous expliquer.

En politique comme ailleurs, il y a des modes. Des théories qui voient le jour, deviennent très répandues parce que portées par l’époque, et qui soient connaissent une vivacité permanente dans le temps, soit disparaissent corps et âmes. En ce moment, une mode politique naissante, ça consiste à « checker ses privilèges » et pantelants, vous vous demandez : quoi qu’est-ce ?? Ça nous vient des Etats-Unis et c’est la traduction littérale de « check your privileges » qui peut se traduire par « soit conscient de tes prérogatives », ce qui est plus exact que CTP en français mais ça claque moins, faut avouer. Checker ses privilèges consiste à devenir conscient des rapports de forces qui régissent notre société, afin de prendre conscience des oppressions qui ne nous concernent pas. Par exemple, dans la société où nous vivons, moi Thierry, Homme, Blanc, hétérosexuel, je n’ai pas, de toute ma vie, été confronté ni au racisme, ni à l’homophobie, ni à cette violence spécifique du rejet hostile de celui, ou celle, qui n’est pas majoritaire dans un groupe donné. J’ai donc, selon cette théorie, une prérogative qui me mettra en position de force dans la société actuelle, et de facto : c’est vrai. Check tes privilèges d’homme blanc hétéro, je ne subirai jamais sexisme, racisme, homophobie, et je n’aurai jamais peur d’être jugé sur ma façon de m’habiller ou ma couleur de peau. Je checke mes privilèges. Et en effet, cette théorie est séduisante, puisque voulant articuler les oppressions de classe, de sexe, de genre, pour en embrasser les dynamiques : certains groupes, dans une société donnée, sont dominants par rapports à d’autres, cette domination est inique et ne se justifie en rien, et checker ses privilèges est le projet, ambitieux, et louable, de déconstruire les fausses évidences de cette domination.

Toutefois. Plus j’y réfléchis, et plus quelque chose m’embête, dans cette théorie. Un peu comme quand on a le palais qui gratte et on passe la langue dessus et plus on passe la langue plus ça gratte et à la fin ça rend fou. Sans aller jusqu’à ce que ça me rende fou, y a quand même quelque chose. Qui me gratte. Et je crois avoir compris quoi. Je vais illustrer la chose : prenons deux personnes, et checkons leurs privilèges. On va prendre moi, Thierry, et Salmane.

Bon déjà on comprend, rien qu’aux prénoms respectifs, qu’il y a a priori plusieurs différences entre Salmane et moi. Listons.

Je suis Français, il est arabe, pas sûr que Salmane trouve un appart avant moi. Check.

Je suis élevé dans un pays de culture chrétienne, Salmane est musulman, et être musulman dans certains coins du monde, ça craint. Check.

Je suis en plutôt bonne forme physique, ça va, je vais à la salle parce que s’entretenir c’est important, bref, Salmane est vieux, il est né en 1935 quand même, et il est malade. Oui au fait Salmane existe vraiment, c’est une vraie personne, je n’ai pas pris un prénom au hasard, vous allez comprendre. Moi en bonne santé, lui vieux et malade, check.

Je bosse, enfin j’ai un emploi salarié, Salmane n’a jamais travaillé de sa vie. Tant mieux pour lui hein, heureux homme, mais bon en attendant sur le marché de l’emploi : check.

On est hétéro tous les deux, double check pour lui et moi.

Je m’habille urbain casual on va dire, et Salmane eh il fait pas d’effort quoi, il porte une serviette marrante sur la tête et une longue robe tout le temps, mouarf, alors lui c’est sûr à métro Jean Jaurès il va pas passer inaperçu hein ! Ahem bref. Donc au bas de la liste, Thierry a checké ses privilèges par rapport à Salmane, et si on s’en tient à cette liste, je suis privilégié et à plusieurs niveaux, par rapport à Salmane.

Juste un détail.

Un petit détail.

Le nom complet de Salmane est Salmane Abdelaziz Al Saoud, il est actuellement roi d’Arabie Saoudite, et sa fortune personnelle est estimée à 38 milliards de dollars. Ce qui est beaucoup. Et je viens de checker mon compte en banque au Crédit Mutuel, et bien je pas 38 milliards de dollars dessus. Et croyez bien que ça me navre. Parce que ça c’est un sacré gros privilège. Et c’est ça qui me gêne, dans le CTP, ça « oublie », ou en tout cas ça met à plat toutes sortes d’oppressions, réelles, existantes, mais ça met aussi à plat avec d’autres, ce qui est le premier privilège d’entre tous : le privilège de l’argent. Parce que dans un monde capitaliste globalisé comme le nôtre, l’oppression majoritaire c’est l’oppression économique. Et si vous ne me croyez pas, essayez de vivre pendant 3 mois sans argent ni le moindre revenu. Vous allez très vite comprendre.

L’argent, premier privilège. Si je dis, un homme blanc riche passera avant un homme noir pauvre, jusque-là ça va, ça a l’air de tomber sous le sens. Mais. Un homme noir riche passera avant un homme blanc pauvre. Une femme noire riche passera avant un homme noir pauvre. Et etc. Celui qui a le plus d’argent que l’autre, quel que soit son genre, sa couleur, sa religion, ses orientations sexuelles etc. Passera avant dans la file d’attente de tout dans la vie. Parce que la seule “liberté” qui existe en société capitaliste, c’est l’argent. Aux Etats Unis, les Noirs qui se font tirer dessus par la police, leur point commun c’est d’être Noirs, certes. Mais aussi d’être pauvres. Aussi voire : surtout. Parce que les Noirs riches, eux, ne se font pas tirer dessus.

Attention, ça ne veut pas dire que l’oppression économique efface les autres oppressions. Entre une femme noire riche et un homme blanc riche, c’est ce dernier qui passe en premier. Sauf : si la femme est plus riche que lui. Et même ça ne lui épargnera pas racisme et sexisme. Je ne dis pas que le Noir riche ne subira jamais de racisme dans sa vie. Malheureusement, il est à craindre qu’il en subisse. Mais l’argent a ce pouvoir magique de procurer bien des consolations et des compensations, en termes d’objets et de pouvoir. Puisque c’est de ça dont il est question : le pouvoir. Et la première source de pouvoir, donc de domination, donc d’oppression c’est et ça reste l’argent. Celui qui en a. Celui qui en a moins. Celui qui n’en a pas. Il est logique que CTP nous vienne des campus américains où l’étude des inégalités économiques sont quasi-systématiquement oubliées, et où l’identité a finit par remplacer la volonté d’égalité. Ce qui pose tout de même la question politique du niveau de revendication, puisqu’à la fin du raisonnement, on peut être équipier chez MacDO, exploité jusqu’au trognon, mais du moment qu’on est fier de son identité, ouf, ça va.

Je ne dis pas que les autres oppressions sont à ce point secondaires que bon d’abord on s’occupe des riches et ensuite du reste. Je ne dis pas ça et je ne le pense pas. Par exemple la situation dramatique des homosexuels en Tchétchénie interdit de minoriser les souffrances qu’ils vivent. Et c’est un vieux débat politique, plutôt le centre ou plutôt la périphérie, qu’il ne faut pas trancher du tout : on s’occupe du centre ET de la périphérie en même temps puisque l’un et l’autre sont articulés. Comme disait Bensaïd, tout ce qui est injuste nous concerne et il n’y a pas de hiérarchisation arbitraire des luttes, parce que faut pas oublier que des gens souffrent, réellement, du racisme, du sexisme, de l’homophobie. Et qui souffrent aussi, de l’oppression de l’argent, celle qui opprime sans distinctions de race et de genre. Celle qui opprime absolument tout le monde en tout temps et qui reste l’ennemi commun de toutes et tous.

 

 

Lexicologie

Internet, c’est tout un monde. Avec ses codes, ses passions, ses foucades, et surtout : son langage. Et le plus fleuri et déconcertant reste celui de l’extrême-droite. La lectrice et le lecteur se sent parfois un peu débordé ou désarçonné par tant de foisonnement ? Pas de panique : avec le lexique ci-dessous, vous saurez enfin vous y retrouver.

 

Réinformation : Galaxie de sites, forums et comptes de réseaux sociaux dédiés à donner au peuple de France une véritable information, au contraire des merdias gauchistes vendus au Système. L’activité principale de cette « réinfosphère » est de mettre en avant des faits-divers sordides impliquant systématiquement des personnes immigrées, et de fabriquer des hoax plus ou moins grossiers pour les diffuser.

Fdesouche.com : Navire amiral de la réinfosphère, là ou les patriotes peuvent se rouler avec délectation dans la section des commentaires, AKA la plus répugnante fosse à purin du web francophone.

Journalope : Journaliste, donc de gauche, donc bobo, donc immigrationniste, donc anti-français. À insulter abondement à toute occasion.

Socialope : Adhérent du Parti Socialiste. Par extension, toute personne ayant un jour émis une idée vaguement à gauche.

Gauchiasse : Au sens premier, personne se situant politiquement à la gauche du PS. Par extension, toute personne ayant émis un jour une idée n’étant pas d’extrême-droite.

Gauchisme : Entreprise totalitaire qui met une chape de plomb sur l’expression de la vérité patriote. Le gauchisme est partout, il est omniscient, il te surveille quoi que tu fasses. Il y a même parfois des cas de contamination gauchiste chez certains patriotes, c’est dire la férocité du mal. À éradiquer par tous les moyens possibles et imaginables.

Voyoucratie : Système politique dans son ensemble, toutes formations et convictions confondues.

Merdias : Médias vendus au Système. C’est-à-dire tous excepté la Réinfosphère.

Droit de l’hommiste : Personne pétrie de bonnes intentions dont l’enfer est pavé. Dissimule ses pulsions totalitaires sous un vernis d’humanisme et de tolérance. Souvent bobo. Au mieux naïf idiot utile du système, au pire stalinien plus ou moins refoulé.

Bobo : classe moyenne aisée de gauche qui vit dans un appartement de 4 mètres sous plafond dans un quartier socialement homogène, au contraire des bons français assiégés dans leur pavillons par les hordes immigrées. Ennemi absolu du patriote.

Feminazi : Militante féministe égarée par sa haine atavique des hommes. Par extension : toute personne se réclament du féminisme

Féminisme : Est allée beaucoup trop loin, malgré une louable idée de départ.

Femmes : N’existe qu’en deux catégories distinctes, mère sublime ou sale pute. Dans la réalité, continent inconnu pour la fachosphère, qui d’ailleurs partage sur ce sujet précis les mêmes idées que les musulmans intégristes. Comme quoi.

Femme de gauche : Salope bien-pensante qui préfère coucher avec des Noirs qu’avec des patriotes. D’ailleurs la femme est ontologiquement de gauche, c’est donc quelque part un ennemi dont il faut toujours se défier.

Femme de droite : Femelle ayant eu la lucidité de rejoindre le camp patriote. Se révèle à l’usage un peu – beaucoup – casse couilles, commence même à revendiquer des droits. Tout a été contaminé par le gauchisme, saloperie.

Homme : Parangon de toutes les qualités, hélas mis à mal et culpabilisé dans sa saine virilité par le gauchisme efféminé. Doit retrouver de solides vertus par la pratique de la musculation intensive, le visionnage de vidéos d’Alain Soral et les promenades champêtres, parce que la nature c’est viril, quelque part tu vois.

UMPS : Alliance funeste de la gauche et de la pseudo-droite non patriote. Sont réunis par leur bienveillance immigrationniste, leur amour de l’Europe contre les peuples et l’allégeance à la Franc-Maçonnerie satanique. Ne s’emploie plus depuis que l’UMP est devenue Les Républicains.

Chances pour la France : Détournement ironique du mot de Bernard Stasi, « l’immigration, une chance pour la France ». Désigne tout ce qui n’est pas de souche, surtout si c’est hâlé.

Voleurs de poules : Gens du voyage, gitans, manouches, Roms, et en général toutes populations précaires issues d’Europe de L’Est. Sont sales et chafouins, quoique pittoresques à l’occasion.

Dégénérés : Vaste agrégation de l’Anti-France dans son ensemble. Désigne au départ les personnes homosexuelles, s’étend à tout, absolument tout ce qui n’est pas Blanc hétérosexuel chrétien européen et fier. Oui ça fait beaucoup de monde. Même pas peur.

Frankistan : Destin inéluctable de la France si elle continue à accueillir tous les bougn…les pas comme nous.

Invasion : Hurler ce mot très fort chaque fois qu’on est dans la queue d’une Caisse d’Allocations Familiale.

Occupation : Immigrés = musulmans = intégristes = terroristes = nazis = France occupée par les musulnazis. MAIS OUI C’EST CLAIR !

Résistance : Mettre du jambon dans le rayon hallal du Leader Price. Et voilà les musulmans bien embêtés, et toc !

Sionistes : Sujet complexe. Au départ idéologie politique d’émancipation des Juifs de gauche, le concept a subi toutes sortes de détournements et transformations à travers les âges. Désigne maintenant la droite religieuse israélienne, et dans la réinfosphère les « Juifs » en général, qui sont évidemment partout.

Juifs : Sont partout.

Islamogauchiste : Gauchiste au carré, puisque gauchiste et pro-musulman. Par extension, toute personne ne comprenant pas pourquoi on embête des gens pour leur religion.

Occupation : Voir Arabes

Collaboration : Voir Occupation

Collabo : Toute personne ne voyant pas nécessairement une personne d’origine immigrée comme nuisible.

Lobby LGBT : Pieuvre sodomite. Est partout. Veut imposer sa morale décadente au plus haut sommet de l’Etat et transformer nos enfants en travelos.

Bien-pensant : Faux gentil de gauche, qui cache sous son vernis de tolérance sa haine de la France en général et des patriotes en particulier.

Ripoublique : Fulgurante audace conceptuelle réunissant « ripou » et « République ». Indique à quel point la République, et par extension le parlementarisme, et par extension la démocratie sont les choses les plus abominables du monde. Faut une bonne guerre civile.

Illuminatis : Sont très forts. Ont déclenché la Révolution Française, l’indépendance Américaine, les deux guerres mondiales, les chocs pétroliers, le 11 Septembre, le Bataclan, et l’échec social des youtubeurs d’extrême-droite qui vivent dans la cave de leurs mères et qui se vengent en faisant des vidéos approximatives pour dénoncer le complot, en utilisant systématiquement le thème musical de Requiem For A Dream.

Bilderberg : Preuve irréfutable du complot Illuminati. Dans la réalité, club de rencontre mondain pour gens très riches.

Patriote : Vrais français conscient de ses racines. Passe son temps à souffrir atrocement et se plaindre de tout. Pire qu’une gonzesse, sérieux.

Fascisme : Idéologie de gauche.

Capitalisme : A d’incontestables inconvénients. Mais c’est ça où le communisme.

Néolibéralisme : Ici, deux écoles : soit le patriote se déclare « antilibéral » parce que les bronzés pauvres ils font rien qu’à voler les emplois des de souche. Soit il est ouvertement libéral voire libertarien et exige la dérégulation de tout. En général, l’extrême-droite étant ce qu’elle est, elle choisit toujours le néolibéralisme.

Dissidence : Pose de rébellion adolescente attardée, le plus souvent revendiquée par des freluquets incultes qui veulent faire passer leur antisémitisme, leur racisme et leur misogynie pour un style proto-punk. Ont un QI à deux chiffres. Crient très fort sur Internet, baissent les yeux devant tout dans le monde réel.

Grand Remplacement : Désopilante théorie de l’écrivain Renaud Camus, voulant que la population européenne sera remplacée sous peu par les hordes allogènes, voyant ainsi la disparition tragique de la race blanche, de la civilisation et du saucisson. À l’instar des chemtrails, tout individu affirmant cette théorie encours le lourd soupçon d’être un crétin particulièrement flamboyant.

PMA : Projet techno-satanique voulant créer une société sans pères, donc efféminée, donc décadente, donc tarlouze, donc immigrationniste, donc de gauche, donc nazi, donc satanique. Parce que tout est dans tout. N’est-ce pas.

GPA : Suite inéluctable et logique de la PMA. Fais partie du grand plan satanique de la société efféminée et donc inapte à contenir les hordes allogènes puisque les gonzesses ça sait pas se battre, c’est bien connu.

Violence : Sujet de fascination absolue pour les patriotes, dont c’est l’obsession préférée avec la virilité pour des raisons évidentes de grande fragilité et de lourde homosexualité refoulée. Très peu utilisée dans la réalité, puisque les coups ça fait bobo, quand même.

Musculation : Activité sportive de prédilection des patriotes. Les sports de combats devraient plutôt logiquement avoir leur préférence, mais voilà : les coups, ça fait bobo, et on est obligé de rencontrer et d’interagir avec ce qui est l’angoisse absolue du patriote : les gens pas comme lui. Qui sont partout. La muscu, ça permet se croire Leonidas tout seul dans son coin, ça n’a donc que des avantages. Et permet de canaliser de profondes pulsions homoérotiques, très mal vécues par le patriote qui est décidément un peu concon. Un peu.

Remigration : On va mettre les étrangers dans des bateaux pour leurs pays loin là-bas et la France ira mieux. Oui, c’est aussi stupide que ça en a l’air.

Mondialisme : Tentative conceptuelle hasardeuse de dénoncer le capitalisme globalisé, mais qui échoue assez lamentablement du fait de l’amour fusionnel qui a toujours soudé extrême-droite et bourgeoisie. Se contente à la fin de fustiger un monde sans frontières proprement jacquesattaliesque, donc illuminati, donc satanique. Suivez un peu, bon sang.

Islam : Croyance de bédouins attardés qui veulent rien qu’à nous envahir de partout. Mal Absolu Majuscule qui explique tous les malheurs de l’humanité et des patriotes.

Islamisation : Processus totalitaire en germe chez tout arabe, la preuve par le niqab et les boutiques de kebab. Quand on vous demande « Et avec le kefta, de la sauce samouraï, chef ? », ne vous y trompez pas, c’est une tactique d’invasion particulièrement retorse.

Taqiya : Dissimulation des convictions religieuses par les musulmans en cas de grave contrainte, persécutions, menaces de mort etc. Par extension, comportement de tout arabe, car l’arabe est fourbe. Comme le Juif. Et la femme. Et l’homosexuel. Et la femme homosexuelle juive-arabe. Satanique de la GPA mondialisée du complot atlantico-sioniste. Je ne sais plus qui je suis. INFIRMIÈRE !!!

Ramadan : Navrante pratique religieuse autorisant les bédouins à s’empiffrer dès le coucher du soleil en hululant des chants probablement jihadistes. Empêche les patriotes de dormir, et c’est un peu énervant, à la fin.

Voile : Preuve incontestable du Grand Remplacement en cours.

Baboucholâtre : Personne dotée de sens commun et ne croyant pas au Grand Remplacement. Individu normal, en somme.

Dhimmi : Citoyen non musulman d’un Etat musulman, lié à celui-ci par un “pacte” de protection. Par extension, toute personne ayant un jour acheté des cornes de gazelle dans une épicerie arabe. Voir : Collabo.

Mosquées : Bases arrières du Grand Remplacement, bourrées à craquer de plus ou moins terroristes.

Minarets : Une vingtaine en France. Le patriote en voit pourtant des centaines partout en prolifération accélérée. Le patriote aime aussi beaucoup le pastis, ceci expliquant sans doute cela.

Racisme : N’existe pas. Ou alors seulement contre les blancs.

Racisme anti-blancs : Strict équivalent du racisme anti-pas blancs. Représente à peu près que dalle du racisme réel, mais le système ment.

Christianisme : Seule religion viable. Les autres sont nulles. D’abord.

Communisme : Invention de Satan et des Juifs. Veut collectiviser votre Audi et niveler la société par l’égalitarisme décadent. Ennemi absolu, à dénoncer sans relâche.

Syndicalisme : Répéter en criant le délicat trait d’esprit de Michel Collucci « CGT c’est Cancer Généralisé du Travail ! ». Eclater d’un rire gras, recommander un 51.

Chômage : Point aveugle de la fachosphère, ce qui est gênant dans un pays qui compte 6 millions de chômeurs. Le patriote évacue le sujet en assénant que chômage = immigration, et que si y a plus d’immigration y aura plus de chômage, pouf pouf, magie magie. Il ne faut pas trop en vouloir au patriote, les sujets complexes lui font bobo à la tête.

Occident : Décade de partout. A besoin d’une bonne guerre.

Allemagne : C’était mieux avant.

Hitler : Patriote allemand un peu véhément. N’a pas eu tort sur tout.

Grand Mufti De Jérusalem : Mohammed Amin al-Husseini, mufti pendant la Seconde guerre mondiale, a collaboré avec les nazis par antisémitisme. Preuve définitive que musulmans et nazis : kif kif bourricot.

Chambres à gaz : On a beaucoup exagéré, vous savez.

Complot : Est partout. Tout ce qui se passe est un complot, le complot est omniprésent, le système ment. Paranoïa généralisée qui est pour beaucoup dans l’instabilité psychique de nombreux patriotes. Chut. Ils nous observent. Ils nous écoutent…

Orwell : Récupération d’une figure de gauche par les patriotes. Sert à dénoncer le totalitarisme de la bien-pensance des bobos quand ils vont chercher leurs légumes dans leur AMAP. Se retourne dans sa tombe plusieurs fois par jour.

Gramsci : Théoricien du Parti Communiste Italien dans les années 20.  A conceptualisé la nécessité du « combat culturel », récupéré par les patriotes pour justifier d’écrire des commentaires idiots sur le Figaro.fr.

Charles de Gaulle : Au choix, plus grand homme politique de l’Histoire de France, ou salaud intégral vendu à la juiverie, en fonction du patriote auquel vous vous adressez. Car le patriote est pétri de nuances et de contradictions, voyez-vous.

Philippe Pétain : Admirable vieillard qui a choisi de résister de l’intérieur, contrairement au lâche De Gaulle qui s’est enfui tel un couard. La preuve qu’il a résisté : il n’a pas livré tous les Juifs aux allemands, alors ?

Jeanne d’Arc : A bouté l’anglois, doit revenir d’urgence pour porter secours à Jean-Marie Le Pen

Jean-Marie Le Pen : On lui érigera des statues, à cet homme qui fût si injustement calomnié et incompris.

Marine Le Pen : Ex-meilleur espoir.

Jean Raspail : Madame Irma patriote. A raconté n’importe quoi dans un livre, est donc logiquement devenu culte chez les imbéciles nés quelque part.

Camp des Saints : Ouvrage de Jean Raspail décrivant l’invasion de l’Occident par de nombreux pas blancs au comportement un peu fripon. Le citer dès qu’on croise un Noir à casquette dans le métro.

Laurent Obertone : Ex-blogueur scatophile. A écrit des livres dont l’absence de toute rigueur intellectuelle élémentaire le dispute à la plus profonde bêtise. Uniquement connu et adulé par des cons.

La France Orange Mécanique : Compilation crapoteuse de faits-divers comme par hasard uniquement du fait de personnes d’origine immigrée, pour accréditer la thèse : bronzés = violence. Alors que l’affaire du petit Gregory entre tellement d’autres prouve que les de souche sont toujours d’une exquise retenue.

Immigrationnistes : Complices collabos de l’invasion arabo-musulgnoule. De gauche, évidemment. Salauds !

Races : Existent. Certaines valent mieux que d’autres. Pendant que certaines construisaient des cathédrales, d’autres pilaient du manioc, mais ça on ne peut pas le dire, ça.

Armée : Superbe institution qui n’a rien à se reprocher. Doit être envoyée au plus vite dans les banlieues pour mâter les sauvageons.

Police : Superbe institution qui n’a rien à se reprocher. Doit mâter les sauvageons et laisser les patriotes conduire à la vitesse qui leur plaît.

Migrants : Envahisseurs violents équivalents aux déferlements d’insectoïdes dans Starship Troopers. Expliquent peu ou prou tous les malheurs de la France.

SDF : Avant, sale clodo qui pue. Maintenant : pauvre de souche qui crève à cause des migrants qui lui volent le sandwich au pâté jusque dans la bouche, enfoirés !

Education nationale : Nid fétide d’éducateurs bolchéviques qui aliènent nos pauvres enfants. Souffrir de ne pas pouvoir les mettre dans le privé. Le devoir du patriote est donc de se comporter comme un connard suffisant aux conseils de parents d’élèves.

AME : Aide Médicale d’Etat. Permet de soigner gratuitement les étrangers qui nous apportent la peste bubonique et le Sida. Honteux.

CMU : Couverture maladie Universelle. Permet aux étrangers d’être dans une éclatante santé insolente pour engrosser nos filles, avec nos impôts.

CAF : Caisse d’Allocations Familiale. Autorise les femmes pas blanches à procréer comme lapins en furie pour génocider la race blanche avec leurs utérus. Voir: Grand Remplacement.

RSA : Revenu Solidaire d’Activité. Entretient grassement la population allogène qui se roule dans le luxe byzantin de 536€ par mois, pour s’acheter de la majijuana et ricaner grassement devant leur Playstation flambante neuve, quand les vrais français souffrent au travail.

Terroristes : Arabes.

Arabes : Nazis.

Noirs : Rient trop forts. Ont une libido exacerbée. Heureusement, sont de grands enfants un peu niais.

Asiatiques : Travailleurs, discrets, détestent aussi les bronzés donc sympathiques. Sont chelous, quand même.

Breivik : Avant-gardiste incompris.

Colonisation : On leur a appris à lire et écrire et regardez à quel point ils en sont ingrats, tout ça sous prétexte qu’on a un peu génocidé de ci de là. Franchement, autant d’absence de reconnaissance, même pas un merci, ça me dégoûte tiens.

Dictature : On ne peut plus rien dire. J’ai mal à la France.

Racaille : Jeune urbain habitant dans des quartiers d’une sensibilité exacerbée. Présente le double avantage d’être pauvre et bronzé, ce qui permet de cracher sur les pauvres, surtout quand ils sont bronzés.

Suédois : Terme ironique désignant les bronzés, mais on ne peut plus rien dire tant nous étouffe la dictature de la bien-pensance.

Politiquement correct : Dictature de gauche qui nie aux patriotes leur droit élémentaire à dégoiser de la grosse merde raciste de gros beaufs.

Immigration : Cause première et dernière de tous les problèmes sans aucune exception.

Éric Zemmour : Glorieux refuznik qui pourfend le conformisme de gauche dans la semi-clandestinité du Figaro et d’une douzaine de plateaux-télé.

Dieudonné : Preuve que la connerie, le mensonge, la vénalité, l’hypocrisie, l’antisémitisme et les blagues de beaufs peuvent être aussi partagées par un Noir. Et ça, c’est un grand pas dans l’égalité et quelque part ça réchauffe le cœur.

Quenelle : Signe de reconnaissance des cons.

Alain Soral : Preuve définitive que les traumatismes d’enfance se résolvent chez un psy et pas sur Internet.

Daniel Conversano : Nazillon BDSM. Sert de punching ball à Alain Soral.

Henry De Lesquen : Patriote aristocrate, à crée le surprenant concept de “racisme positif”. Est d’un racisme échevelé. Je veux dire, à ce point être raciste c’est chaud quoi.

Vincent Reynouard : Admirable résistant au mondialisme enjuivé, qui n’en finit pas de le persécuter injustement. Se veut aryen. Ressemble à votre beau-frère alcoolique qui regarde du porno thaïlandais avec des mineures.

Jacques Attali : Voir Juifs

Daniel Cohn-Bendit : Voir Juifs et Pédophilie.

Corée du Nord : Dernier pays ouvertement stalinien, donc de gauche, donc socialiste, donc nazi. Hurler dès que possible que si c’est comme ça les gauchiasses y z’ont qu’à y aller si ils sont pas contents.

Impôts : Prélèvement inique d’une injuste cruauté par un Gouvernement vendu aux lobbys pour les nourrir grassement, toujours au détriment des patriotes. KGB fiscaliste.

Lobbys : Puissances occultes qui étranglent la Patrie dans l’ombre. Existent en toutes tailles et tous formats. Sont partout.

Union Européenne : Principal organe de destruction de l’identité de la France.

Bruxelles : Capitale de Satan.

Fascisme : De gauche. Toujours.

Pédophilie : De gauche. Toujours.

Vaccins : Tentative d’empoisonnement massif des français. Avant on vivait mieux. Avec une espérance de vie de 30 ans de moins, certes, mais mieux.

CRIF : Lobby arrogant et dominateur. Tiens les rênes du pays avec la complicité des journalopes et des francs-maçons.

Mariage pour tous : Décadence de la France et de ses valeurs. Nos enfants vont tous devenir pédés, allez, de toute façon tout est foutu, ce pays est foutu.

Juges : Honteuse corporation de gauchistes laxistes vendus aux Francs-Maçons.

Justice : Survivance du communisme. Relâche les violeurs et les meurtriers avec un clin d’œil.

Prisons : Club Med. Les détenus y passent leur temps devant des PS4 pendant qu’on leur fait des massages relaxants. Sont remplies d’étrangers pas de chez nous.

Peine de mort : À rétablir d’urgence en étendant son application aux moindres peccadilles. Ensuite ça filera droit moi j’vous l’dit.

Radars : Outil dégueulasse du KGB fiscaliste, symbole du basculement du pays dans le fascisme. À brûler au plus vite.

Vladimir Poutine : Sublime dirigeant qui a rendu sa fierté à son pays. Idole des patriotes qui ont toujours l’entrejambe humide devant les hommes virils. Les coquins.

Bachar Al-Assad : Sublime dirigeant qui combat les bédouins. Une main de fer dans un gant de plomb. Un modèle pour nos démocraties décadentes affaiblies par le féminisme de gauche.

Donald Trump : Sublime dirigeant qui redressera les Etats-Unis trop longtemps affaiblis par l’afroislamiste Obama.

Délation : Quand on signale sur Pharos les patriotes qui se lâchent un peu trop.

Francs Maçons : Voir Juifs.

 

 

 

En finir avec Houria Bouteldja

Il m’en coûte d’aborder ce sujet, mais hélas, par un de ces tours de passe-passe médiatico-politique dont l’époque à le secret, le cas Bouteldja/Indigènes de la République est devenu incontournable dans une certaine gauche. Il m’en coûte, parce que bien davantage que l’indignation, ou quelque colère, ce que provoque d’abord chez moi cette personne et ses dires, ce qui le traduit le mieux c’est le mot anglais cringe : “When someone acts/ or is so embarrassing or awkward, it makes you feel extemely ashamed and/or embarrassed.”. On pourrait dire “la gêne”, comme devant quelqu’un dont le comportement public d’une rare sottise crée un embarras profond. Non seulement l’histrione raconte des énormités avec un aplomb qui crée le malaise, mais en plus la façon dont elle le dit…on va y revenir.

Étudions donc, et même laissons lui la parole dans cette interview où le ridicule de la pose victimaire le dispute aux théories infra-politiques les plus ébouriffées. “Je combat mon intégration”, assène t-elle. Qu’elle est mignonne. Enfin, pas l’intégration de son emploi à l’Institut du monde arabe, donc financé directement par l’Etat raciste et colonialiste, mais sans doute que la lutte exige quelque menues concessions, admettons. Je laisse aux bon soins de mes chères et chers lectrices et lecteurs la tâche de se fader ce gloubiboulga, pour n’en retenir qu’une seule phrase qui m’a follement amusé :

les habitants de ces quartiers, on ne les convainc pas avec du marxisme-léninisme ou du républicanisme à la Mélenchon ! Les quartiers populaires, les citoyens issus de l’immigration, ont leur propre agenda et des problématiques largement liées au racisme d’État et à l’impérialisme.

Ou la démonstration que ces fameux quartiers, Houria Bouteldja n’en connaît rien, n’y va pas, et n’y connaît surtout personne.

Donc, tous les citoyens “issus de l’immigration”, qu’ils soient originaires d’Algérie, de Tchétchénie, de Chine ou du Sénégal, ont un “agenda” – lequel ? – et des “problématiques” – lesquelles ? – liées au “racisme d’Etat” – les institutions françaises sont donc racistes, c’est inscrit dans la Loi, première nouvelle – et à l’impérialisme. Admettons. Admettons parce qu’on en saura pas plus. En fait on ne sait rien, Bouteldja balance des phrases comme des tirs de mortier pour immédiatement passer à d’autres phrases, sans jamais rien expliquer, ou problématiser. C’est comme ça. C’est l’évidence. Il n y a rien à prouver. De ce point de vue, elle est complètement proche de ces deux autres figures qui adorent jouer aux victimes, à savoir Soral et Zemmour. Même raccourcis où on passe de A à Z en sautant toutes les autres lettres, mêmes affirmations péremptoires basées sur rien parce que n’est-ce pas, “tout le monde le sait”, même victimologie complaisante envers soi-même. Mais c’est l’époque qui veut ça et ces trois olibrius en sont de parfaites représentations : on a pas besoin d’expliquer, on balance n’importe quoi en vrac et si tu me contredis tu es au mieux dans l’erreur, au pire un ennemi. Emballé c’est pesé et ça pèse en effet, lourd, très lourd, Bouteldja étant à la réflexion politique ce que le parpaing est à la tartelette aux fraises : la promesse d’un écrasement absurde. Au fond, Bouteldja est restée à l’âge où l’enfant est très fier d’exhiber son caca devant les adultes et ne comprend pas que ceux-ci n’en soient pas enthousiasmés. Du coup elle boude. Ce n’est pas si grave d’être immature ceci dit, moi même il m’arrive parfois de ne pas être complètement “adulte”. Toutefois, j’évite de transformer ce trait de personnalité en soi-disant convictions politiques.

Rien qu’un signe que Bouteldja vit dans un monde parallèle : dans toute son interview où elle se fait porte-parole de la souffrance des cités, il manque un mot. Un seul mot.

“Chômage”.

Et on conviendra que passer son temps à parler des “quartiers” sans jamais évoquer ce qui en est le premier problème avant tous, à savoir l’absence de stabilité financière et l’incapacité à se créer un présent et un futur à cause d’un chômage endémique, est une manière d’exploit. Mais parler de chômage de masse, c’est le social, et le social Bouteldja n’aime pas ça. Puisque ça met par terre son obsession identitaire et ça l’empêcherait de vivre dans sa confortable bulle victimaire et paranoïaque.

Dissipons le mystère : Houria Bouteldja et ses Indigènes de la République ne sont politiquement rien. Pas seulement au plan intellectuel, d’une rare indigence, mais d’abord au plan concret. Si ce “parti” compte en tout 50 personnes par grand vent c’est le bout du monde. Ils n’ont aucune implantation dans leurs fameux quartiers, aucune influence de quelque sorte dans ces lieux, c’est une coquille vide et une grenouillette ridicule qui s’abstient soigneusement de vouloir se faire boeuf puisque lucide sur elle-même. Partant, d’où vient qu’on parle autant du PIR ?

Ici, il faut encore incriminer les désormais usual suspects : la classe moyenne gauchisante à prétentions intellectuelles. Sans elle, le PIR n’aurait jamais franchi la barrière de l’anonymat médiatique. C’est grâce à ces demi-intellectuels, universitaires et militants, que le PIR existe et qu’il est sorti littéralement du néant, et ces demi-sels gravitant dans la grotesque galaxie NPA/LMSI continuent de les prendre au sérieux, ce qui en dit fort long sur la misère intellectuelle qui sévit désormais à l’extrême-gauche. Pour peu qu’un animateur télé en recherche de buzz – Frédéric Taddéi pour ne pas le nommer – ait souhaité ajouter une pièce à sa collection de freaks politiques, le PIR est passé de rien à…toujours politiquement rien, mais un rien connu. Et nous visons dans une époque où pour exister, il faut passer à la télé. C’est aussi con et simple que ça.

Et désormais le relais médiatico-politique a été repris avec délectation par d’autres, puisque l’apparition des Indigènes de la République et leurs provocations à répétition sont devenues l’enchantement à la fois :

  • De la “gauche” façon Printemps Républicain de Laurent Bouvet puisque la dénonciation véhémente du PIR lui sert à vendre ses salades de “l’insécurité culturelle” sans lui aussi parler de social ou de précarité ;
  • D’une certaine gauche radicale qui a complètement laissé tomber le prolétariat et surtout les ouvriers et qui s’est trouvée de nouveaux damnés de la Terre, en confondant défense des musulmans et défense des islamistes ;
  • De la droite qui peut agiter l’effroyable spectre de l’islamogauchisme ;
  • Et de l’extrême-droite qui découvre ravie que ses fantasmes paranoïaques ont littéralement pris corps, dans un groupuscule ne représentant que lui-même certes, mais les fafs ne s’attardent pas à ces fadaises.

En fait, le PIR arrange tout le monde.

Presque tout le monde. Nous, la gauche sociale, matérialiste, qui pense que l’antiracisme ce n’est pas faire de l’ethnodifférencialisme, ça ne nous arrange pas, et le PIR l’a bien compris puisqu’il passe son temps à nous taper dessus. Il ne doit pas y avoir assez de vrais racistes dans ce pays, il faut sans doute s’en inventer de nouveaux en les trouvant ô surprise au plus proche de soi. Le PIR en fait, c’est ce relou bourré qui vous insulte et ne comprend pas pourquoi vous ne l’invitez pas à votre boum.

Ensuite, il faut quand même se poser une question : si cet antiracisme “décolonial” existe, c’est qu’il comble en effet un vide politique. L’antiracisme “républicain” a échoué, c’est un fait et les scores du FN sont là pour tristement le confirmer. Et dans cette vacance, le PIR et d’autres peuvent trouver une niche et créer de l’agitation à défaut de résultats et de projets politiques concrets et cohérents. Parce qu’une fois qu’on a checké ses privilèges, on fait quoi ? À part chercher des followers ? Sans compter que cet antiracisme “décolonial”, vent debout contre tous les racismes, a cette fâcheuse tendance à “oublier” l’antisémitisme dans ses revendications. Oups. Ces gens sont décidément étourdis. Et justifient par là qu’on a rien à faire avec eux ni de près ni de loin. Quand on est antiraciste, on l’est contre tous les racismes, on ne choisit pas les oppressions à la carte qu’on va défendre, et on ne découpe pas les opprimés en tranches pour choisir qui et quoi on va défendre en fonction de ce qui nous arrange.

La question d’un antiracisme politique de gauche reste donc posée et ouverte. Il y a là un mouvement à construire, qui se fera de toutes façons sans Bouteldja et sa petite bande. Puisque désormais, il faut en finir avec elle et pour ce faire de la manière la plus simple : ne plus en parler. Le PIR n’existe qu’à hauteur du temps qu’on consacre à parler de lui, et j’ai cruellement conscience d’être en train de le faire en ce moment. Et précisément pour dire qu’il faut arrêter. Ne plus parler d’eux. Du tout. Ne plus les mentionner, ne plus leur accorder cette validation dont ils ont désespérément besoin. Donc au final les renvoyer à leur existence réelle : aucune.

Et par pitié, qu’on arrête de céder à leur chantage politico-émotionnel. Puisque c’est leur seul “argument” et leur seule façon de poser les problématiques : accuser le monde entier et particulièrement notre gauche d’être forcément coupable de tout en vrac. Et si les “décoloniaux” ont vraiment envie de se trouver des adversaires, il existe pléthore de frontistes, d’identitaires et de soraliens, sans compter de militants de droite classique, qu’ils pourront tancer avec raison. En revanche, pour ce qui est de renoncer à l’universalisme et d’exiger qu’on le remplace par leur communautarisme névrotique, là c’est mon tour de passer à la provoc, il paraît qu’ils adorent ça : vous voyez ce doigt ? Oui c’est celui du milieu.

C’est aujourd’hui mon anniversaire, et il paraît qu’il faut se calmer avec l’âge, la saine maturité, toutes ces sortes de choses. J’entend bien pourtant à redoubler d’efforts pour mettre le maximum de bordel. L’époque le mérite amplement.

 

 

Vieillir

Arrivé à un moment, on ne peut plus se faire d’illusions : on commence à vieillir. Il y avait eu, bien sûr, depuis quelques temps, de nombreux petits signes qui s’accumulaient. Les soirées un peu arrosées qui deviennent chaque fois un peu plus difficiles le lendemain, les rides qui apparaissent au coin des yeux. Aussi, cette prise de distance vis-à-vis des choses qui apparaissaient cruciales à un moment de la vie et dont on se rend compte qu’en fait elles n’ont jamais tant comptées que ça.  Qu’en fait, elles sont même certaines sans aucune importance. L’opinion des autres sur soi et la recherche de leur validation en fait partie, et se débarrasser de ce poids est un vrai soulagement. Mais ça c’est pour la partie positive et encore heureux qu’il y en ait une. Le reste, mon Dieu, ça oblige quand même à dire que vieillir, même commencer à vieillir, c’est chiant. Ne serait-ce que parce que dès qu’on arrive à la quarantaine, votre corps vous présente l’addition de comment vous l’avez traité pendant toutes les années avant, et si je puis me permettre un conseil au plus jeunes : traitez le avec bienveillance dès aujourd’hui. L’addition peut être vraiment lourde. Et la blague qui dit “À quarante ans, si on se réveille sans avoir mal quelque part, c’est qu’on est mort”, est cruellement pertinente.

Là je regarde mes mains et si j’observe un peu attentivement, je commence à voir les petites taches qui apparaissent. Les fameuses petites taches brunes sur les mains. Oh, elles sont pour le moment minuscules, à peine décelables. On peut même les oublier tant elles sont discrètes. Elles n’en sont pas moins là, et leur existence est désormais le signe que le compte à rebours est bien enclenché. Il l’a toujours été, certes. C’est juste que maintenant je l’ai sous les yeux. Et le temps s’accélère, il file de plus en plus, on cligne des yeux et une année, deux années, se sont passées. On se révolte contre le temps. Moi vieillir ? Mais j’écoute Nine Inch Nails ! Maudits soient les rappels de Facebook pour ça, quand ils vous remettent sous les yeux un post que vous aviez complètement oublié, et vous vous dites “Quoi ? C’était il y a deux ans ? Déjà ??”. Vous pensiez sincèrement que c’était il y a quelques mois, voire quelques semaines… C’est chiant, vieillir, et c’est encore plus chiant quand ça commence à devenir un peu flippant.

Le plus étrange, c’est le décalage entre le corps et le cerveau. Le cerveau lui continue à plutôt bien fonctionner, plutôt très bien même, pour peu qu’on le sollicite régulièrement. Ce n’est pas très difficile en fait, il faut être un peu curieux, accepter de se remettre parfois en question, et le nourrir régulièrement de quelques livres et de quelques nouvelles têtes. Il y a une hygiène du cerveau qui est finalement valable à tout âge, et si je puis me permettre un autre conseil – vous savez comment ces vieux sont donneurs de leçons, n’est-ce pas – c’est de continuer à apprendre de nouvelles choses. Des langues, un instrument de musique, des sports, des activités que vous ne connaissiez pas. Tant que vous sollicitez vos neurones en leur présentant du nouveau et en les obligeant à turbiner un peu, vous êtes tranquilles. Pour ce qui est du corps, en revanche…c’est plus compliqué. En fait il y a 5 âges du corps :

  • De zéro à 20 ans, c’est l’innocence : on a pas réellement conscience de son corps et on lui fait faire absolument n’importe quoi sans que ça ait de conséquences. Nuits blanches, ivresses, junk food, cette quasi invulnérabilité donne à la jeunesse ce sentiment d’avoir radicalement raison sur tout puisque l’intendance suit, et le corps n’a pas encore fait apparaître de défaillances.
  • De 20 à 30 ans, c’est la jouissance : on commence à disposer d’un peu de recul sur les choses, et on peut encore mieux utiliser son corps pour en tirer le plus de plaisir. C’est là que les sportifs seront à leur meilleur, et que le sentiment de force et de joie qu’on tirera de son corps sera le plus fort.
  • De 30 à 40, c’est la conscience : ici et là des légers ratés, des petits soucis se font jour. On commence à comprendre qu’on est faillible et d’envisager de parfois se ménager. En général à ce moment, c’est le début de la fin.
  • Et à partir de 40, c’est…la maintenance. C’est simple : une heure de sommeil en moins, un excès de boisson un soir, continuer à manger trop riche, vous allez le payer, et très cher, et immédiatement. Et la sanction va être cruelle. Partant, il va falloir et ce au plus vite, entrer dans la dyade de l’Enfer : le Sport et les Légumes. Non. Chut. Ne cherchez pas, ne raisonnez pas, ça ne sert à rien de vouloir négocier, ça ne sert à rien de vous enfermer dans le déni, il n y a que ça qui fonctionne. Ça fonctionne depuis 10 000 ans, ça fonctionnera encore dans 10 000 ans et il n y a que ça qui soit vraiment efficace. Et attention – c’est le moment que vous allez adorer – ce n’est même pas pour vous sentir plus “en forme” ou je ne sait quoi. Comme me le disait récemment une amie : “C’est horrible. Maintenant je fais de l’exercice et attention à ce que je mange, mais même plus pour me sentir mieux, juste pour me sentir bien…”. Welcome to the cruel age. Encore pour moi ai-je la chance de trouver de l’amusement dans cette maintenance et même de l’épanouissement. Si en revanche vous êtes allergiques à l’exercice et refusez d’abandonner vos habitudes alimentaires…et bien vous allez souffrir. Et commencez à faire des examens sanguins tous les ans, c’est la période de la vie où des sales trucs commencent à rôder. Si vous êtes une femme, consolez vous en pensant que vous éviterez à la cinquantaine la déconcertante intromission d’un doigt professionnel dans votre fondement, manière de voir où en est votre prostate. Vraiment, je vous assure : vieillir c’est chiant, et on commence à mettre un gros mouchoir sur son orgueil.
  • Et le 5ème stade, c’est tout simplement la sénescence. “Processus physiologique qui entraîne une lente dégradation des fonctions de l’organisme”. Je crois que tout est dit, non ? Et puis bon, un jour, comme tel est notre destin, nous ne serons plus là. Et déjà, on commence à voir autour de soi qu’on a survécu à de plus en plus de gens, qui sont partis avant nous. Il y en aura de plus en plus, d’ailleurs.

J’aime bien un peu plomber les belles journées d’été, c’est un de mes petits plaisirs mutins.

Sur un autre plan, il n’est pas vrai qu’on devienne “de droite” avec l’âge. Bien sûr ça arrive, et à beaucoup de personnes, mais je tend à penser que les gens qui deviennent de droite en prenant de la bouteille avaient tendance à l’être déjà auparavant. L’idéologie servait simplement à camoufler l’évidence de la réalité. L’exemple le plus frappant étant bien entendu celles et ceux qui sont passés de Mai 68 au libéralisme le plus effréné, mais une simple observation montre qu’au fond ils n’ont pas tant changés. Individualisme hédoniste, rejet de la collectivité, hostilité envers l’Etat, primat de l’immédiat sur le terme, les germes étaient déjà présents, il a juste suffit qu’avec l’âge vienne la conscience de son intérêt de classe, voilà tout. En fait on ne devient de droite en vieillissant qu’à partir du moment où on a plus une lecture “matérialiste” au sens politique, ce qui se traduit en général par l’expression “quand on veut, on peut”. En oubliant que la phrase entière, ça serait “Quand on veut et qu’on en a les moyens financiers, on peut”.  L’oubli plus ou moins volontaire du poids de l’argent sur les vies, c’est en fait ce qui signale le mieux un habitus de droite.

On ne change pas nécessairement d’idées, en revanche elles peuvent se durcir, oui. On a tendance à devenir expéditif, du fait qu’on a moins de temps à gaspiller en longues discussions et en ergotages. Et ça devient un effort de penser le monde en complexité. Effort pourtant nécessaire, si on veut éviter d’entrer trop vite dans la case vieux con, case dans laquelle on entrera de toute façon d’une manière ou d’une autre. Pour moi je n’espère qu’une seule chose, c’est de ne pas subir ce pénible et embarrassant retour d’âge qui consiste à courir après une jeunesse enfuie et draguer des gamines qui pourraient être mes filles. Je dois avouer que voir des rogatons quadras/quinquas faire assaut de ronds de jambes et s’exciter sur des jouvencelles de 20 années me plonge dans une violente angoisse. Si je deviens comme ça, je vous donne l’autorisation de me lapider à coups de figues molles, et je compte sur mon sens du ridicule pour éviter de finir comme ces dégoûtants.

En fait c’est ça l’idée : désormais, je vais travailler à ne surtout pas devenir un vieux beau mais d’abord à devenir ce but noble entre tous : un beau vieux. Voilà de quoi m’occuper encore quelques belles années.