En finir avec Houria Bouteldja

Il m’en coûte d’aborder ce sujet, mais hélas, par un de ces tours de passe-passe médiatico-politique dont l’époque à le secret, le cas Bouteldja/Indigènes de la République est devenu incontournable dans une certaine gauche. Il m’en coûte, parce que bien davantage que l’indignation, ou quelque colère, ce que provoque d’abord chez moi cette personne et ses dires, ce qui le traduit le mieux c’est le mot anglais cringe : “When someone acts/ or is so embarrassing or awkward, it makes you feel extemely ashamed and/or embarrassed.”. On pourrait dire “la gêne”, comme devant quelqu’un dont le comportement public d’une rare sottise crée un embarras profond. Non seulement l’histrione raconte des énormités avec un aplomb qui crée le malaise, mais en plus la façon dont elle le dit…on va y revenir.

Étudions donc, et même laissons lui la parole dans cette interview où le ridicule de la pose victimaire le dispute aux théories infra-politiques les plus ébouriffées. “Je combat mon intégration”, assène t-elle. Qu’elle est mignonne. Enfin, pas l’intégration de son emploi à l’Institut du monde arabe, donc financé directement par l’Etat raciste et colonialiste, mais sans doute que la lutte exige quelque menues concessions, admettons. Je laisse aux bon soins de mes chères et chers lectrices et lecteurs la tâche de se fader ce gloubiboulga, pour n’en retenir qu’une seule phrase qui m’a follement amusé :

les habitants de ces quartiers, on ne les convainc pas avec du marxisme-léninisme ou du républicanisme à la Mélenchon ! Les quartiers populaires, les citoyens issus de l’immigration, ont leur propre agenda et des problématiques largement liées au racisme d’État et à l’impérialisme.

Ou la démonstration que ces fameux quartiers, Houria Bouteldja n’en connaît rien, n’y va pas, et n’y connaît surtout personne.

Donc, tous les citoyens “issus de l’immigration”, qu’ils soient originaires d’Algérie, de Tchétchénie, de Chine ou du Sénégal, ont un “agenda” – lequel ? – et des “problématiques” – lesquelles ? – liées au “racisme d’Etat” – les institutions françaises sont donc racistes, c’est inscrit dans la Loi, première nouvelle – et à l’impérialisme. Admettons. Admettons parce qu’on en saura pas plus. En fait on ne sait rien, Bouteldja balance des phrases comme des tirs de mortier pour immédiatement passer à d’autres phrases, sans jamais rien expliquer, ou problématiser. C’est comme ça. C’est l’évidence. Il n y a rien à prouver. De ce point de vue, elle est complètement proche de ces deux autres figures qui adorent jouer aux victimes, à savoir Soral et Zemmour. Même raccourcis où on passe de A à Z en sautant toutes les autres lettres, mêmes affirmations péremptoires basées sur rien parce que n’est-ce pas, “tout le monde le sait”, même victimologie complaisante envers soi-même. Mais c’est l’époque qui veut ça et ces trois olibrius en sont de parfaites représentations : on a pas besoin d’expliquer, on balance n’importe quoi en vrac et si tu me contredis tu es au mieux dans l’erreur, au pire un ennemi. Emballé c’est pesé et ça pèse en effet, lourd, très lourd, Bouteldja étant à la réflexion politique ce que le parpaing est à la tartelette aux fraises : la promesse d’un écrasement absurde. Au fond, Bouteldja est restée à l’âge où l’enfant est très fier d’exhiber son caca devant les adultes et ne comprend pas que ceux-ci n’en soient pas enthousiasmés. Du coup elle boude. Ce n’est pas si grave d’être immature ceci dit, moi même il m’arrive parfois de ne pas être complètement “adulte”. Toutefois, j’évite de transformer ce trait de personnalité en soi-disant convictions politiques.

Rien qu’un signe que Bouteldja vit dans un monde parallèle : dans toute son interview où elle se fait porte-parole de la souffrance des cités, il manque un mot. Un seul mot.

“Chômage”.

Et on conviendra que passer son temps à parler des “quartiers” sans jamais évoquer ce qui en est le premier problème avant tous, à savoir l’absence de stabilité financière et l’incapacité à se créer un présent et un futur à cause d’un chômage endémique, est une manière d’exploit. Mais parler de chômage de masse, c’est le social, et le social Bouteldja n’aime pas ça. Puisque ça met par terre son obsession identitaire et ça l’empêcherait de vivre dans sa confortable bulle victimaire et paranoïaque.

Dissipons le mystère : Houria Bouteldja et ses Indigènes de la République ne sont politiquement rien. Pas seulement au plan intellectuel, d’une rare indigence, mais d’abord au plan concret. Si ce “parti” compte en tout 50 personnes par grand vent c’est le bout du monde. Ils n’ont aucune implantation dans leurs fameux quartiers, aucune influence de quelque sorte dans ces lieux, c’est une coquille vide et une grenouillette ridicule qui s’abstient soigneusement de vouloir se faire boeuf puisque lucide sur elle-même. Partant, d’où vient qu’on parle autant du PIR ?

Ici, il faut encore incriminer les désormais usual suspects : la classe moyenne gauchisante à prétentions intellectuelles. Sans elle, le PIR n’aurait jamais franchi la barrière de l’anonymat médiatique. C’est grâce à ces demi-intellectuels, universitaires et militants, que le PIR existe et qu’il est sorti littéralement du néant, et ces demi-sels gravitant dans la grotesque galaxie NPA/LMSI continuent de les prendre au sérieux, ce qui en dit fort long sur la misère intellectuelle qui sévit désormais à l’extrême-gauche. Pour peu qu’un animateur télé en recherche de buzz – Frédéric Taddéi pour ne pas le nommer – ait souhaité ajouter une pièce à sa collection de freaks politiques, le PIR est passé de rien à…toujours politiquement rien, mais un rien connu. Et nous visons dans une époque où pour exister, il faut passer à la télé. C’est aussi con et simple que ça.

Et désormais le relais médiatico-politique a été repris avec délectation par d’autres, puisque l’apparition des Indigènes de la République et leurs provocations à répétition sont devenues l’enchantement à la fois :

  • De la “gauche” façon Printemps Républicain de Laurent Bouvet puisque la dénonciation véhémente du PIR lui sert à vendre ses salades de “l’insécurité culturelle” sans lui aussi parler de social ou de précarité ;
  • D’une certaine gauche radicale qui a complètement laissé tomber le prolétariat et surtout les ouvriers et qui s’est trouvée de nouveaux damnés de la Terre, en confondant défense des musulmans et défense des islamistes ;
  • De la droite qui peut agiter l’effroyable spectre de l’islamogauchisme ;
  • Et de l’extrême-droite qui découvre ravie que ses fantasmes paranoïaques ont littéralement pris corps, dans un groupuscule ne représentant que lui-même certes, mais les fafs ne s’attardent pas à ces fadaises.

En fait, le PIR arrange tout le monde.

Presque tout le monde. Nous, la gauche sociale, matérialiste, qui pense que l’antiracisme ce n’est pas faire de l’ethnodifférencialisme, ça ne nous arrange pas, et le PIR l’a bien compris puisqu’il passe son temps à nous taper dessus. Il ne doit pas y avoir assez de vrais racistes dans ce pays, il faut sans doute s’en inventer de nouveaux en les trouvant ô surprise au plus proche de soi. Le PIR en fait, c’est ce relou bourré qui vous insulte et ne comprend pas pourquoi vous ne l’invitez pas à votre boum.

Ensuite, il faut quand même se poser une question : si cet antiracisme “décolonial” existe, c’est qu’il comble en effet un vide politique. L’antiracisme “républicain” a échoué, c’est un fait et les scores du FN sont là pour tristement le confirmer. Et dans cette vacance, le PIR et d’autres peuvent trouver une niche et créer de l’agitation à défaut de résultats et de projets politiques concrets et cohérents. Parce qu’une fois qu’on a checké ses privilèges, on fait quoi ? À part chercher des followers ? Sans compter que cet antiracisme “décolonial”, vent debout contre tous les racismes, a cette fâcheuse tendance à “oublier” l’antisémitisme dans ses revendications. Oups. Ces gens sont décidément étourdis. Et justifient par là qu’on a rien à faire avec eux ni de près ni de loin. Quand on est antiraciste, on l’est contre tous les racismes, on ne choisit pas les oppressions à la carte qu’on va défendre, et on ne découpe pas les opprimés en tranches pour choisir qui et quoi on va défendre en fonction de ce qui nous arrange.

La question d’un antiracisme politique de gauche reste donc posée et ouverte. Il y a là un mouvement à construire, qui se fera de toutes façons sans Bouteldja et sa petite bande. Puisque désormais, il faut en finir avec elle et pour ce faire de la manière la plus simple : ne plus en parler. Le PIR n’existe qu’à hauteur du temps qu’on consacre à parler de lui, et j’ai cruellement conscience d’être en train de le faire en ce moment. Et précisément pour dire qu’il faut arrêter. Ne plus parler d’eux. Du tout. Ne plus les mentionner, ne plus leur accorder cette validation dont ils ont désespérément besoin. Donc au final les renvoyer à leur existence réelle : aucune.

Et par pitié, qu’on arrête de céder à leur chantage politico-émotionnel. Puisque c’est leur seul “argument” et leur seule façon de poser les problématiques : accuser le monde entier et particulièrement notre gauche d’être forcément coupable de tout en vrac. Et si les “décoloniaux” ont vraiment envie de se trouver des adversaires, il existe pléthore de frontistes, d’identitaires et de soraliens, sans compter de militants de droite classique, qu’ils pourront tancer avec raison. En revanche, pour ce qui est de renoncer à l’universalisme et d’exiger qu’on le remplace par leur communautarisme névrotique, là c’est mon tour de passer à la provoc, il paraît qu’ils adorent ça : vous voyez ce doigt ? Oui c’est celui du milieu.

C’est aujourd’hui mon anniversaire, et il paraît qu’il faut se calmer avec l’âge, la saine maturité, toutes ces sortes de choses. J’entend bien pourtant à redoubler d’efforts pour mettre le maximum de bordel. L’époque le mérite amplement.

 

 

9 Thoughts.

  1. Sauf que L’IMA est une fondation de droit privé contrôlée à parité par la France et vingt et un Etats membres de la Ligue arabe. Ce n’est pas un établissement public !

  2. L’anti racisme qui crée du racisme voilà la continuité dans laquelle s’inscrit le PIR et ses partisans. Ils ne font en cela que continuer le travail de SOS racisme et de la marche des beurs (initialement spontané puis détourné).

    L’objectif est claire enfermer des catégories ethno sociales dans des carcans (idéologiques) pour surtout éviter leur émancipations réelles. Quitte à inventer des pseudos opposants au systeme comme le PIR.

    ER de Soral fait plutôt le même travail mais à l’extrême droite. De l’extrême gauche à l’extrême droite on assiste à cette meme entreprise. Une contestation politique sociale et culturelle contrôlée fesant le jeu du systeme. Qui est symptomatique de l’américanisation de la société française car oui aux USA aussi il n’y a pas que le cosmopolitisme new yorkais mais aussi les ethno communautarismes (ghettos, quartiers, mouvement politiques, ku Klux klan, etc de tous bords donc). Il sagit pour la société française de structurer la société française en plusieurs catégories sur des critères raciaux mais anhistoriques et anti émancipation sociale. A l’américaine

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