Smoke and mirrors

Il faut tout de même être très naïf pour ne pas voir la manœuvre, tant elle est grossière. Mais l’époque est d’une rare grossièreté, et le gouvernement Macron est à l’évidence celui qui a décidé de se vautrer dans la plus crasse vulgarité. D’un coup d’un seul ressort le dossier de la Procréation Médicalement Assistée, dans une stupéfiante coïncidence avec le départ des mouvements sociaux de contestations des ordonnances de la Loi Travail. Coincidence ? Je ne crois pas, et nul besoin de tomber dans le complotisme tant le rideau de fumée est évident. La preuve en étant qu’après avoir tonitrué son lancement en fanfare, Marlène Schiappa rétropédale immédiatement en minaudant que oui en fait peut-être on verra. Et il en sera systématiquement ainsi à chaque poussée de fièvre dans la rue : le sociétal pour faire écran au social, agiter un chiffon rouge pour distraire l’attention et les énergies, et lancer des débats « de société » les plus inflammables possibles.

L’intérêt pour la Scientologie Macroniste est évident : redoutant que les mouvements de contestation ne coagulent ensemble pour créer un front solide pouvant la déstabiliser, la secte au pouvoir décide de balancer le pavé d’un sujet particulièrement sensible. Les buts sont ici multiples : aider la droite, actuellement dans une déroute totale, à se reconstruire, en s’appuyant sur son aile la plus conservatrice qui sera forcément vent debout contre la PMA. Pourquoi reconstruire la droite ? Pour faire pièce à la France Insoumise qui occupe le terrain médiatique et politique de l’opposition, et il faut veiller à ne pas laisser trop d’audience à ces bolcheviks n’est-ce pas. Tout en se démarquant de l’accusation – parfaitement fondée – de droitisation en pouvant proclamer : « Nous de droite ? Mais voyons, nous sommes pour la PMA et la droite est contre. C’est donc que nous ne sommes pas de droite, CQFD. ». Et l’autre but étant de diviser la gauche puisque contrairement au mariage gay en 2013 où toutes ses composantes étaient pour, elle est divisée sur le sujet de la PMA. La manœuvre est grossière, comme dit plus haut. Et elle peut très bien marcher. Et longtemps. Puisque une fois la cartouche PMA épuisée, on lancera la cartouche GPA pour relancer le cycle. Ce qui promet des débats encore plus âpres tant le sujet est sensible et délicat.

Là se révèle toute la duplicité profonde de l’idéologie libérale-libertaire qui s’est choisit Macron comme représentant officiel : libérale économiquement et libertaire sociétalement, pour toutes les déréglementations au nom d’une idée particulièrement viciée de l’émancipation – les chauffeurs Uber sont « libres », selon cette idéologie. Libres d’être exploités dans du salariat déguisé sans droits, mais « libres », vous dit-on, à la fin -, la fausse coïncidence fabriquée d’un débat sur la PMA au moment du début des grèves montre de façon lumineuse que dans « libéral libertaire », le libéral prime sur le libertaire : ce qui rapportera de l’argent à la bourgeoisie passe avant les droits individuels et ces derniers seront systématiquement mis au service des premiers. Nulle « balance » entre les deux, comme le macronisme veut nous le faire gober, nul « équilibre » entre le rétrécissement des conquêtes sociales compensée par l’augmentation des droits individuels : ce sera l’uberisation et l’austérité, avec l’individualisation des électeurs-consommateurs, qui trouvera son parfait achèvement dans la GPA. Les idiots utile du libéralisme ont d’ailleurs déjà commencé à chanter ses louanges. Marchandiser les utérus des femmes pauvres – parce que la GPA ce sera ça et rien d’autre : le stade abouti de la monétisation de l’intimité au profit de ceux qui ont de l’argent contre ceux qui n’en ont pas – en présentant cette aberration libertarienne comme une conquête à placer au même plan que le droit à l’avortement : le tour de passe passe sera parfait. Comme le crime.

Quant aux gogos qui ont voté Macron en croyant à ses belles promesses sociétales et en faisant l’impasse sur celles promettant la destruction du social, pensant naïvement qu’ils seront épargnés par le tsunami : ils déchanteront. Cruellement. Ils ont voté pour avoir la sécurité et payer moins d’impôts : ils n’auront ni l’un ni l’autre. On permettra de ne pas être trop peinés pour ces égoïstes.

Delenda est Macron. C’est le mot d’ordre à tenir. La Macronie doit tomber avec perte et fracas, puisque par n’importe quel bout qu’on le prenne, cette nouvelle monarchie ne tire sa puissance que de son battage médiatique. Elle n’a aucune assise populaire, aucune popularité, et n’a été élue que pour faire barrage au fascisme. Les députés qui la représentent à l’hémicycle sont des marionnettes ne servant que de boites à voter les lois qu’on leur soumettra, et ce gouvernement ne repose que parce que les institutions de la 5ème République autorisent une minorité de cadres DRH à se prendre pour les patrons. Delenda est Macron et on en a pour les cinq années à venir.

 

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