Diabolicum

Je n’en peux déjà plus de la gueule de Macron et il va vraiment falloir prendre sur moi pour supporter cette tête de DRH auto-satisfait qui pense que le monde est une entreprise, avec sa tronche remplie de toute le bullshit managerial qui est décidément la sous-culture des classes moyennes de pseudo-winners. Je méprise absolument ces gens, ils sont l’exact contraire de ce qu’on m’a appris à considérer comme de décentes personnes. Et pire encore que Macron, oui c’est possible, il y a son fan club. En Marche, c’est la fusion politique des sarkozystes qui rêvaient que la France repasse aux 55 heures et de cette « gauche » qui clamait dans les repas en ville « mon coeur est à gauche mais mon portefeuille est à droite ». On en a tous rencontré des comme ça, et tout fiers d’eux en plus, à faire passer leur habitus de droite pour du réalisme quand il ne s’agit que de leurs intérêts économiques les plus égoïstes. Tu m’étonnes que Trudeau soit leur idole, à porter un pull rose à la Gay Pride et n’avoir que miel à la bouche dès qu’il parle des minorités, tout en vendant des armes aux pétromonarchies qui leur servent à écraser la rébellion au Yemen. Comme quoi les minorités, on les aime bien quand elles sont proches et qu’elles disposent d’un pouvoir d’achat et d’une carte d’électeur.

Et tant mieux que face à ça existe encore une gauche pour le coup de gauche, qui n’a pas noyé ses fondamentaux en copiant-collant les énormités de identity politics américaines, ce qui serait le meilleur moyen d’être marginalisé pour l’éternité. Identity politics au passage parfaitement capitalisto-compatibles : on peut vouloir être fier de son « identité » tout en ne remettant absolument pas en cause l’exploitation. Tu bosse dans ton Mac Bullshit Job sous-payé et insulté, mais attention : tu est FIER de ton IDENTITÉ. Comme si le libéralisme voyait le moindre inconvénient à ça. Au contraire même, ça l’arrange. Si tout le monde revendique perpétuellement sa précieuse micro-identité, aucun mouvement collectif n’est possible.

Ayant donc constaté que la gauche est toujours là, et qu’elle dispose même de députés, la macronie a décidé d’une nouvelle tactique. La diabolisation surjouée et outrancière. Pas un jour désormais sans qu’on tape à bras raccourcis sur cette gauche, sans qu’on monte en épingle le moindre mot extrait de son contexte, qu’on en rajoute des caisses dans un numéro largement surjoué de la pseudo-indignation : la menace, c’est le bolchevisme factieux. Comme si le pays était à deux doigts de basculer dans l’insurrection et les soviets manière de fêter dignement les prochains 100 ans de la (glorieuse) Révolution d’Octobre. Si seulement. Mais rassurez-vous, macronistes, droitards ébouriffés et pinpins attardés militants FN, le peuple est trop occupé à regarder le foot et Hanouna. Même si ça ne suffit plus à camoufler le violent mal-être d’une population qui sait que le pire est encore à venir.

Diaboliser, donc. C’est à dire refaire la même chose qu’avec le FN ces 40 dernières années, avec Jean Marie Le Pen dans le rôle de croquemitaine officiel, rôle dont sa fille aura toutes les peines du monde à se débarrasser. Parce que le FN n’aura servi qu’à ça : servir de repoussoir que la bourgeoisie aux affaires brandira régulièrement pour faire peur. Et le FN, dans la violence de son discours et la brutalité de ses militants, surtout dans la période années 80-90, remplira parfaitement le rôle qu’on lui aura assigné. Bien trop, même, l’irruption de Le Pen au second tour de 2002 aura été le couronnement malsain de cette stratégie. Stratégie dont Le Pen père, ne nous y trompons pas, a toujours été parfaitement conscient : il servait à faire peur, et il avait compris qu’il pouvait faire de cette peur à la fois une rente politique, un business profitable, et un moyen de diffuser ses idées dans la société. Jean Marie Le Pen n’a jamais sérieusement envisagé le pouvoir suprême, des témoignages de ses proches attestant son moment d’épouvante au moment du résultat du 21 avril. Il s’est coulé avec délices dans le stéréotype du méchant de service et n’en a jamais voulu d’autres, contrairement à Marine Le Pen qui elle a toujours visé le pouvoir politique. Cette dernière étant en fâcheuse posture désormais, situation due au découragement de sa base militante et aussi de l’incroyable et heureuse capacité de l’extrême-droite française à se bouffer le nez entre eux, il faut désigner un nouveau Docteur No : ce sera la France Insoumise et Mélenchon dans le rôle de Satanas.

C’est ainsi qu’il faut lire les indignations surjouées – car tout ça est une comédie, ne nous y trompons pas – des politiques et des journalistes qui brandissent le spectre néo-communiste dès qu’il est question de la FI. Comme si celle-ci souhaitait prendre le Palais Bourbon baïonnette au canon et instituer la Terreur en dépoussiérant la guillotine, soyons sérieux. D’ailleurs, d’un strict point de vue politique, la FI n’est que sociale-démocrate au sens originel du terme, avec il est vrai une touche de léninisme bienvenu. Ce qui en plus provoque les affres des anars totos, ce qui est toujours délicieux à voir, il n y a pas de petits plaisirs. Mais il faut quand même énormément d’imagination – et surtout pouvoir mentir sans rougir – pour voir la FI comme la réincarnation du bolchevisme promettant un horizon de goulags. Pourtant, la macronie tente le coup, il y a des rentiers lecteurs de Valeurs Actuelles et des petits bourgeois incultes abonnés aux Inrocks sur qui ça peut marcher. C’est un jeu, vous dis-je. C’est un jeu pourri dont il faut être conscient et qu’il faut refuser.

Tant que nous sommes sous la 5ème République, on ne peut pas avoir d’existence politique en dehors des institutions. Je ne dis pas que c’est bien, ça ne l’est pas, mais c’est comme ça, la 5ème ayant été pensée telle dès le départ. En dehors de l’institutionnel, on est condamné à grenouiller dans les marges et si on veut être marginal, si on veut rester dans son coin avec son micro-milieu militant, fort bien. Grand bien vous fasse, éclatez vous. Mais à un moment en politique, on doit aussi penser Grand Jeu et pour penser Grand Jeu, il faut en passer par le pouvoir et son exercice. Et être diabolisé, c’est être condamné à rester éternel second rôle de la démocratie bourgeoise. La FI n’ayant pas des sots à sa tête et bien loin de là, on peut espérer qu’elle en est consciente. Et fera tout pour refuser la facilité du rôle imposé par cette chose décidément dégoûtante qu’est le macronisme.

Ceci dit, pour que ça marche, il faudra aussi éviter la dispersion et notre tendance à la querelle stérile. Il faudra faire bloc, que ça plaise ou pas. Logiquement, il faut donc que la gauche sociale et républicaine soit hégémonique sur notre camp pour les 10 prochaines années, minimum. Et j’assume le terme « hégémonique ».

À mon niveau, j’ai quelques idées pour y apporter ma modeste contribution.

 

2 Thoughts.

  1. Le souci, c’est que ce sont un peu toujours les mêmes qui voient leurs problématiques spécifiques dissoutes dans l’hégémonie du collectif.
    On les connaît, hein, les camarades qui te sortent que les luttes féministes/anti-homophobes/anti-racistes/anti-transphobes/etc ralentissent le combat, sont des problématiques secondaires. Et c’est aussi ça, qui a fait que des gens ont quitté le bateau.
    Personnellement, je pense qu’il faudrait qqc d’un peu plus glamour que de demander du sacrifice (dès que j’ai trouvé, j’en fais part au monde entier).
    Parce que se faire casser la gueule parce qu’on est gauchiste, c’est une chose. Se faire casser la gueule parce qu’on est, c’en est une autre. Je ne crois pas que ça fasse mal de la même manière…

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