Badaboum

D’après vous, quelle est la polémique de la semaine ?

Des agents de la DGSE achetés par les chinois ?

Ou la présence d’une femme dans le trailer d’un jeu vidéo ?

Bien sûr : c’est le second, parce que n’est-ce pas, il y a des priorités. Ou plutôt, l’époque a les priorités et les polémiques qu’elle mérite. Et comme il n y a pas de raison, moi aussi je m’engouffre dans la polémique superficielle, parce que c’est quand même plus rigolo que de parler de l’ingérence chinoise qui devient de plus en plus agressive un peu partout. N’entrons pas toutefois dans le débat si oui ou non des femmes ont combattu pendant la Seconde Guerre Mondiale, ce n’est même pas un débat. 1 million de femmes sont entrées en guerre rien qu’en Union Soviétique. 1 million. Sur ce sujet, je ne saurait trop recommander le très beau livre “La guerre n’a pas un visage de femme” de Svetlana Alexievitch et passons à l’argument le plus drôle et absurde des détracteurs : “cette approche ne serait pas réaliste”.

Là, j’ai ri. Vraiment, en faisant ah ah ah ah ah.

“Cette approche ne serait pas réaliste”.

Dans un jeu vidéo, des gens osent prétendre sans frémir qu’ils cherchent et mieux encore, TROUVENT, du “réalisme”.

Ici une confession : j’adore les jeux vidéos. Suite à un incident électrique, ma carte graphique a grillé, et je suis désormais un orphelin du gaming. Et croyez bien que ça me navre grandement, surtout que je n’ai même pas fini la campagne de Far Cry 5. Et si vous pensez qu’un grand garçon de bientôt 45 printemps n’a plus l’âge de jouer à des jeux vidéos, croyez bien que je vous répondrait : vous avez sans doute raison. Si vous pensez que cette activité est infantile et régressive, j’ajouterai même : c’est fort plausible. Et si vous ne comprenez pas que des adultes pourtant matures dans tous les autres domaines puissent rester des heures devant un écran à hurler comme possédés parce que putain mais c’est pas vrai que l’autre manche ne parvienne même pas à escalader la putain de pyramide dans Assassin’s Creed : ces questions sont légitimes. Il n y a que finalement très peu de raisons objectives de jouer à des jeux vidéos quand on est adulte, oui da en vérité. Et qu’on pourrait utiliser à profit tout ce temps et ces précieuses énergies à apprendre l’araméen pour lire la Bible dans le texte, ou se pencher avec délices sur la théorie des cordes ou chercher le vaccin du Sida et du cancer, en faisant de l’équitation et en jouant Chopin au clavecin, toutes choses que font assurément les détracteurs des JV, puisque je ne peux pas imaginer que les gens qui nous reprochent cette “immaturité” fassent autre chose de leurs loisirs. N’est-ce pas ? Ah ? Comment ça ils regardent Ardisson et passent 3 heures par jour à l’apéro ? Immense et terrible est ma déception. L’humanité ne m’aura donc offert que des motifs de chagrin.

Je vous ait dit que j’ai passé plus de 1000 heures sur Call of Duty ?

Le temps que j’ai passé à jouer, si j’avais étudié le marxisme à la place, maintenant je serais leader de la révolution mondiale.

Alors autant vous dire que le “réalisme”, je ne peux pas imaginer argument plus bidon.

Le réalisme dans Battelfield, comme la fois où j’ai mouché un hélicoptère en lui lançant un tank dessus. Ou quand j’ai fait un headshot au lance-missile à 4 km de distance. Ou quand j’ai sauté en parachute de mon avion, atterri sur le toit d’un building, tué tous les ennemis, pour ensuite resauter en parachute – les parachutes dans Battlefield c’est comme les caisses de munitions, on en a plein les poches tout le temps – pour réparer un tank avec un briquet, jusqu’à ce que je me fasse moucher par un sniper dans le building d’en face. Du coup au tour suivant, j’ai sauté sur son building pour lui mettre un chargeur entier de M4 dans la tête, et ensuite j’ai attendu à côté de son point de respawn pour le re-tuer. Parce que je suis rancunier des fois. Sans déconner.

En aucun cas on ne joue pour le réalisme. Soyons sérieux. On a loué, et à juste titre, la perfection technique d’un Battlefield 1 sur la Première Guerre mondiale, le rendu des visages et des expressions, l’ambiance immersive, l’énorme travail sur le son, etc. C’est superbe, Battlefield 1, mais en aucun cas ce n’est “réaliste”. Vous savez ce que ça serait un jeu de guerre “réaliste” ? Ça serait un jeu où on passerait des jours et des jours dans une tranchée humide à ne rien faire qu’attendre. Rien d’autre qu’attendre, rien à faire d’autre à part nettoyer son flingue, manger, et essayer de dormir. Ce serait oppressant et ennuyeux. No fun. Jusqu’à ce que sans prévenir arrive un ordre d’attaquer, où on saute hors de sa tranchée en hurlant, pour mourir 17 secondes après. Pas de respawn. Fin du jeu. Là oui, ça serait “réaliste”. Sans doute un peu frustrant. Mais pour le coup : vachement réaliste.

On voit bien que le débat n’est nullement là en vérité, et que ce qui agite les détracteurs, c’est qu’il y encore un coup de boutoir à leur entre-soi de consanguins misogynes. Coup de boutoir intéressé et marketé, puisque Electronic Arts l’éditeur du jeu ne s’est jamais signalé par sa politique de philanthropie : on met une meuf en avant parce que l’époque a changé et que ça donne une bonne image, mécanisme connu. Mais écoutez : est-ce que à un moment, dans l’actualité que nous avons, n’importe quoi qui puisse faire rager les cons n’est pas bon à prendre ? Allez regarder les commentaires du Figaro sur l’article annonçant le “oui” à l’avortement en Irlande : c’est du petit lait.

En attendant, si vous avez 300 euros en trop qui traînent, achetez moi une carte graphique. C’est que ça commence à me manquer, ces conneries.